LIVRE II, CHAPITRE II
sisse quod dicerent , quàm exercere iffgenia maieriae difficultate volmsse videntur"^^. Et qui croira que Platon aye voulu donner sa république et ses idées, Pittagoras ses nombres, Epicure ses atomes pour argent contant ? Ils prenoient plaisir à pourmenér leurs esprits en des inventions plaisantes et subtiles , (juae ex ingeniofinguniur, non ex scientiae vi^^. Quelques fois aussi ils ont estudié à la difficulté pour couvrir la vanité de leur sujet , et occuper la curiosité des esprits. Et Aristote le plus résolu de tous , le prince des dogmatistes et affirmatifs, le dieu des pedans ^^ , combien de fois se trouve-t-il empesché , et ne sçait à quoy se resouldre au fait de l'àme*® ? il est presque tousjours dissemblable à soj, et tant d^ autres choses plus basses qu'il n'a sçeu trouver ny entendre , confessant quelquefois ingenuement la grande foiblesse humaine à ti'ouver et cognoistre la vérité.
Ceux qui sont venus après d'esprit pedantesque ,
^^ « Ils ne paraissent pas tant avoir pensé ce quHls disaient, qu'avoir voulu exercer leur esprit, parla difficulté du sujet ». Quintil. InstiL Orat, L. II , c. xvii.
'4 (c Lesquelles sont des jeux de leur esprit, bien plutôt que des résultats de leur savoir ». Sénèqne, Suasoria, L. IV.
*^ Je crois que pédàns est ici pris en bonne part, et dans son sens primitif de pédagogue , d'instituteur de la jeunesse , quoique V^dc^tcûi pedantesque soit pris en mauvaise part quelques lignes plus bas.
*^ Il y en a bien d'autres qui seraient embarrassés sur cette matière. N.
présomptueux, qui font dire à Aristote et autres tout ce qui leur plaist, et tiennent bien plus opiniastrement leurs opinions qu^enx ne firent jamais , et les desavoueroyent pour disciples s'ils retoumoyent , hayssent et condamnent arrogamment cette règle de sagesse, cette modestie et surseance académique, faisant gloire de s'opiniastrer à un party, à tort ou à travers, aymant mieux un affirma tif testu et contraire à leur party , contre lequel ils puissent donner et exercer leur mestier , qu'un modeste et paisible qui doute, et surseoit son jugement, contre lequel leurs coups s'emoussent , c'est-à-dire un fol qu'un sage , semblables aux femmes , qui ayment mieux qu'on les contredise jusques à injures , que si par firoideur et mespris l'on ne leur disoit rien, par où elles pensent estre desdaignées et condamnées ; en quoy ils montrent leur iniquité. Car pourquoi ne sera-t-il pas loisible de douter et considérer comme ambiguës les choses sans rien déterminer, comme à eux d'affermer ^^^ ? PourqQoy ne sera-t-il permis de candidement confesser que l'on ignore, puis qu'en vérité l'on ignore, et tenir en suspens et soufTrancii ce de quoy ne sommes asseurés , contre quoy il y a plusieurs oppositions et raisons? Il est certain, selon tous les sages, que nous ignorons beaucoup plus de choses que n'en sçavons, que tout nostre sçavoir est la moindre partie et près-
*'7 D'affirmer.