‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 29 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE II. 5i · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II. 5i

mettray. CXr y a-t-il autant de doate'et de dispute aux principes , qu'aux conelusions , en la thèse qu'en rhypothese , dont y a tant de sectes entre eux , si je me rends à l'une, j'offense toutes les autres. Ils diront aussi que c'est une grande peine de ne se pouvoir resouldre , demeurer tousjours en doute et perplex, Toire qu'il est difficile de se tenir longuement en cet estât. Ils ont raison de le dire , car ils le sentent ainsi en eux-mesmes , cela est aux fols et aux faibles; aux fols présomptueux , partisans, passionnés , prévenus et aheurtés à certaines opinions , qui condamnent fièrement toutes les^ autres , encores qu'ils soyent convaincus , ne se rendent jamais , se despitent et mettent en cholere , ne recognoissent bonne foy : s'ils sont contraints de changer d'advis, les voila retournes , autant résolus et oplniastres en leur nouveau advis qu'ils estoient auparavant au premier , ne scavent rien tenir sans passion , et jamais ne disputent pour apprendre et trouver la vérité , mais pour soustenir ce qu'ils ont desja espousé et juré ^^. Telles gens ne sçavent rien , et ne sçavent que c'est que sçavoir , à cause qu'ils pensent )^çavoir et bien tenir la vérité en leur manche : pour ce que vous pensez voir, vous n'y voyez rien, dit le docteur de vérité aux glorieux et présomptueux , si quis exUiiîtiet se scire qU-

'9 Cç sont des gens dont GIcéron dit : Nihil tant veren-^ tur quant ne dubUare aUqua de re'videantiir. Cicer. de Nu" tura Deorum, L. I.

Sa DE LA SAGESSE,

ffuid, nondUm€ognovii (juemadmodùm oporteateumscire ^'\ Aux folbles qui n'ont la force de se tenir droit sur leurs pieds , faut qu'ils soient appuyés, ne peuvent vivre sinon en mariage, ni se maintenir libres, gens nais à la servitude , craignent les lutins , ou que le loup les mange s'ils estoient seuls. Mais aux sages, modestes, retenus, c'est au rebours la plus seure assiette , le plus heureux estât de l'esprit , qui par ce moyen se tient ferme, droit, rassis, inflexible, tousjours libre et à soy : hoc Uberiores et solutiores sumus , quia intégra nobis judicandi potestas manet ^\ C^est un très doux, paisible, et plaisant séjour, où l'on ne craint point de faillir ny se mescompter , l'on est à l'abry et hors de tous dangers de participer à tant d'erreurs produits par la fantaisie humaine , et dont tout le monde est plein , de s'infraquer ^^"^ en querelles, divisions, disputes, d'offenser plusieurs partis, de se desmentir et desdire de sa créance, de changer, se repentir, se r'adviser : car combien de fois le temps

^® « Sî quelqu'un se flatte de savoir quelque chose , c'est > qu'il n'a point encore appris comment il lui conviendrait de jsavoir ». i'^. Épit. de saint Paul aux Corintfa., chap. vin, vers. a.

^* <c Nous sommes plus libres et sans aucune contrainte , parce qu'il nous reste , dans tout son entier , le pouvoir de prendre une détermination ».

-^33 Pour s'infrasquer^ qu'on lit dans la première édition. — S'infraquer, s'entremettre.

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