‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 3 sur 245 · LIVRE II, PRÉFACE. S · texte numérisé non relu

LIVRE II, PRÉFACE. S

air de nature , et quelque teinture. SMl faut s^essayer et s'esvertuer, ce sera plustost et plus volontiers pour chose qui a sts effects et ses fruicts esclatans, glorieux, externes et sensibles, tels qu'a Taoïbition, Tavarice, la passion, que pour la sagesse, qui a les siens doux, sombres, internes et peu visibles. O combien le monde se mescompte ! il ayme mieux du vent avec bruict, que le corps, Fessence sans bruict; Topinion et réputation, que la vérité. Il est bien vrayement homme (comme il a este dict au premier livre) , vanité et misère, incapable de sagesse. Ghascun se sent de Fair quUl haleine et où il vit, suit le train de vivre suyvi de tous;«<:omment voulez-vous qu'il s'en advise d'un autre ? Nous nous suyvons à la piste, voire nous nous pressons, eschaufTons, nous nous coiffons et investissons les vices et passions les uns aux autres; personne ne crie, hola ! nous ifaillons, nous nous mescomptons. Il faut une spéciale faveur du ciel, et ensemble une grande et généreuse force et fermeté de nature pour remarquer l'erreur commune que personne ne sent, de s'adviser de ce de quoy personne ne s' advise , et se résoudre à tout autrement que les autres.

Il y en a bien aucuns et rares , je les voy, je les sens, je les fleure*' et les haleine avec plaisir et admiration; mais quoy ! ils sont ou Democrites ou Heraclites; les I - - -- — - — p — — — ^^— -^ — I j-

*« Je les flaire. *

uns ne font que semocquer et gausser, pensant assez monstrer la vérité et sagesse , en se niocquant de Terreur et folie. Us se rient du monde , car il est ridicule ; ils sont plaisans , mais ils ne sont* pas assez bons et charitables. Les autres sont foibles et poureux *^ ; ils parlent bas et à demy bouche ; ils desguîsent leur langage; ils meslent et estouffent leurs propositions, pour les faire passer tout doucement parmy tant d^mtres choses, et avec tant d'artifice, que l'on ne les apperçoit quasi pas. Ils ne parlent pas sec, distinctement, clairement et acertés*^, mais ambiguëment comme oracles *. Je viens après eux et au dessoubs d'eux : mais je dis de bonne foy ce que j'en pense, et en croy clairement, et nettement. Je donne icy une peincture et des leçons de sagesse, qui sembleront peut-estre à aucuns nouvelles €t estranges , et que personne n'a encores donné ni traitté de cette façon , et ne doubte pas que les malicieux , gens qui n'ont la patience ny la force de juger doucement et

** Peureux.

^3 £t avec assurance.

* VaricaUes, Je viens après eux et au dessoubs d'eux : niaîs je dis de bonne foy ce que j'en pense et en croy clairement et nettement. Je ne doubte pas que les malicieux , gens de moyen estage , n'y mordent : et qui s'en peust garder ? mais je me fie que les simples et débonnaires , et les aetheriens et sublimes , en jugeront equitablcment.

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