‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 4 sur 245 · LIVRE II, PRÉFACE · texte numérisé non relu

LIVRE II, PRÉFACE

meurement des choses , maïs detroussement "^^ condamnent tout ce qui n^est de leur goust et de ce qu'ils ont desja reçeu, n'y mordent. Et qui en peust estre asseuré ? Mais je me fie que les simples et débonnaires, et les xtheriens et sublimes en jugeront equitablement. Ce sont les deux bouts et estages de paix et sérénité. Au milieu sont tous les troubles, tempestes et les météores , comme a esté dict^.

Pour avoir une rude et générale cognoissance de ce qui est traicté en ce livre , et de toute la doctrine de sagesse, nous pourrons partir*^ cette matière çn quatre poincts ou considérations ; la première est des préparatifs à la sagesse , qui sont deux : l'un est exemption et affranchissement de tout ce qui peust empescher de parvenir à elle , qui sont ou externes , erreurs et vices du monde; ou internes, les passions: l'autre est une pleine , entière et universelle liberté d'esprit. Ces deux premiers etles plus difficiles rendent l'homme capable et propre à la sagesse, car ils vuident et nettoyent la place, affin qu'elle soit plus ample et capable à recevoir une grande chose, qui est la sagesse : magna et spatiosa Tes est sapientia , vacuo illi loco opus est, — supejvacua ex anima tollenda sunt\ et c'est le

'^'^ Comme un détrousseur, voleur de grand chemin , c'està-dire , sans retard ni réflexion.

^ L. I , chap. 63.

'^^ Partager. — Partir, du latin par tir L 7 « La Sagesse est une chose d'une giasde étendue ; elle ne

premier : puis la rendent ouverte , libre et toute preste à la recevoir, c'est le second.

La seconde est des fondemens de sagesse, qui sont aussi deux, vraye et essentielle preud'hommie , et avoir un certain but et train de vie. Ces deux regardent nature , nous règlent et accommodent à elle : le premier à l'universelle , qui est la raison , car preud'hommie n'est autre chose, comme se dira : le second à la particulière d'un chascun de nous, car c'est le choix du genre de vie propre et commode au naturel d'iin chascun.

La troisiesme est de la levée de ce bastiment, c'està-dire des offices et fonctions de sagesse, qui sont six, dont les trois premiers sont principalement pour chascun en soy, qui sont pieté, règlement interne de ses désirs et pensées, et doux comportement en tous accidens de prospérité et d'adversité : les autres trois regardent autruy, qui sont l'observation telle qu'il faut, des loix, coustumes et cérémonies, conversation douce avec autruy, et prudence en tous affaires. Ces six respondent et comprennent les quatre vertus morales, les premier, quatriesme et cinquiesme proprement appartiennent à la justice, à ce que debvons à Dieu et au prochain : le second et troisiesme

peut se loger que dans un lîeu entièrement vide. — Pour la recevoir , il faut débarrasser son esprit de tout ce qu'il peut contenir de superflu ». Scn. epist. Lxxxviil. — Id. ibid.

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