LIVRÉ 11, CHAPITRE II
merveilleuses et tesmoignages très authentiques : voylà comme cette innocente et candide surseance et vacuité de resolution est un grand moyen à la vraye pieté , non seulement recevoir comme je viens de dire , mais conserver ; car avec elle n'y aura jamais d'heresies et opinions triées, particulières, extravagantes : jamais académicien ou p^rrhonien ne sera hérétique , ce sont choses opposites : Ton dira peut-estre qu'il ne sera jamais aussi chrestien ny catholique , car aussi bien sera-t-il neutre et sursoyant à l'un qu'à l'autre^®: c'est mal entendre ce qui a esté dict , c'est qu'il n'y a point de surseance, ne lieu de juger, ny liberté , en ce qui est de Dieu. Il le faut laisser mettre et graver ce qu'il luy plaira et non autre. J'ai fait ici une digression à l'honneur de cette nostre règle contre ses haineurs. Revenons.
Après ces deux, juger de tout, surseoir la détermination, vient en tiers lieu l'universalité d'esprit, par laquelle le sage jette sa veue et considération sur tout l'univers ; il est citoyen du monde comme Socrates , il embrasse d'affection tout le genre htlmain, il se promené par-tout comme chés soy , voit comme un soleil, d'un regard égal, ferme et indiffèrent, comme d'une haute guette*^' tous les changemens, diversités
^ Voyez dans le dialogue de Lamothe-le-Vayer , de la Divinité, une bonne réponse à cette objection. N. ♦^7 Vedette.
et vicissitudes des choses , sans se varier, et se tenant tousjoars mesme à soy^', qui est une livrée de la Divinité, aussi est-ce le haut privilège du sage , cpii est Fimage de Dieu en terre. Mùgna et generosa res animus humanus , nullos sibi poni nisi communes et cutn Deo ierminospatitui^^, — Non idem sapientem quicaeteros terminus incluait, omnia illi seâda ut Deo serviunt^^: — nullum seculum magnis ingeniis clauswn , nuUum non cogitationi pervimn tempus^\ — Qucun naturale in immensum mentem suam extendere^^', — in hoc h nature
^^ Il semble que Charron , dans cette tirade , ait voulu Tendre à peu près ces beaux vers du poëte Claudlen :
, . . Ut altus olympi Veriex, qui spatio verUos hiemesque reiinqwt, Perpetuiun nuiid iemeratus nube serenum , Ceisior exsurgit pluvii's f auditque mentes Sub pedibus Niinbos , et rauca tonitrua caicat : Sk patiens animus per tanta negotia liber
Enterait, similisque sui etc
De Mallii Theodori consulatu , y. aaG.
^9 « L^esprît humain , cette substance active et noble , ne souffire point qu^on lui imppse d^autres bornes que celles qui lui sont communes avec la Divinité ». Senec. Epist. cil.
^^ « Le sage nVst point renfermé dans les mêmes limites que les autres hommes ; tous les siècles lui obéissent conune à Dieu ». Idem,Z>c BrevîUUe VitaSy chap. xv.
^' « 11 n^est point de siècles fermés aux sublimes génies, point de tems inaccessibles a la pensée ». Senec. epist. 102.
^ (c 11 est si naturel que Tesprit plane dans Timmensité ! » Id. Ibid,