LIVRE ïl, CHAPITRE III
re livre déclaré au préface , je traie te de la preud'hominie et sagesse humaine , comme humaine par laquelle on est dict homme de bien et sage, et non de la chrestienne, combien qu'encores en diray-je enfin un mot. Le ressort de cette preud'hommie"est nature, laquelle oblige tout homme d'estre et se rendre tel qu'il doibt, c'est-à-dire se conformer et régler selon elle^ Nature nous est ensemble et maistresse qui nous enjoint et commande la preud'hommie , et loy ou instruction qui nous l'enseigne. Quant au premier , il y a une obligation naturelle , interne et universelle à tout homme d'estre homme de bien, droit entier, suivant l'intention de son autheur et facteur. L'homme ne doibt point attendre ny chercher autre cause, obligation, ressort ou motif de sa preud'hommie, et n'en sçauroit jamais avoir un plus juste et légitime , plus
7 « Quoîqu^on ne puisse pas déduire les principes et les maximes du droit naturel de ce que font les enfans dans l'âge
où leurs inclinations agissent avec le plus de liberté , il
y a néanmoins lieu de croire que , malgré la diversité infinie des humeurs, les dispositions contraires à Phumanité sont plutôt un efïet de la mauvaise éducation et de Thabitude , que d^un penchant naturel et invincible : de sorte que rien n'empêche de soutenir qu'il y a dans tous les hommes , avant Tâge même de discrétion , des semences de sociabilité , lesquelles, par conséquent, ont leur fondement dans la nature humaine, et ne dépendent pas d'une vue réfléchie d'iutérét ». Barbeyrac , note 4- 1 i^ prologomen. Tract. Grot. de jure belL ac pac, § 7 , pag. 7. Edit. Ams. T. i. N.
8o DE LA SAGESSE,
puissant, plus ancien, îl est tout aussi tost que luy,' nay avec luy. Tout homme dolbt estre et vouloir estre homme de bien , pource qu'il est homme : qui ne se soucie de l'estre est un monstre, renonce à soymesme, se desment, se destruit, par droict n*est plus homme , et debvroit par effect désister de l'estre , Il Test à tort. Il faut que la preud'hommie naisse en luy par luy-mesme, c'est-à-dire par le ressort interne que Dieu y a mis , et non par aucun autre externe estranger , par aucune occasion ou induction. Personne ne veust d'une volonté juste et réglée une chose gastée, corrompue , autre que sa nature ne porte : il implique contradiction de désirer ou accepter une chose et ne se soucier qu'elle vaille rien; l'homme veust avoir toutes ses pièces bonnes et saines, son corps, sa teste, ses yeux, son jugement, sa mémoire, voire ses chausses et ses bottes : pourquoy ne voudra-t-il aussi avoir sa volonté et conscience bonne, c'est-à-dire, estre bon et sain tout entier ? Je veux donc qu'il soit bon et aye sa volonté ferme et résolue à la droiture et preud'hommie , . pour l'amour de soy-mesme , et \ cause qu'il est homme, sçachant qu'il ne peust estre aufre sans se renoncer et dcstruire, et ainsi sa preud'hommie luy sera propre, Intime, essentielle, comme luy est son estre , et comme il est à soy-mesme. Ce ne sera donc point pour quelque considcration externe et venant du dehors quelle qu'elle soit, car telle cause estant accidentale, et du dehors peust venir à