LIVRE II, CHAPITRE III
que des copies et des extraits produits en jugement , contre toy qui tiens caché l'original, et feins ne sçavoir que c'est, estouffant tant que tu peux, cette lumière qui t'esclaire au dedans , (jui veritatem Dei detinent in injustitiâ ' ^ mais qui n'ont jamais esté au dehors et humainement publiées, que pource que celle qui estoit au dedans toute céleste et divine , a esté par trop mesprisée et oubliée. Ce sont tous ruisseaux , mais qui n'ont ny tant d'eau, ny si vive, que leur source et fontaine invisible, qui est dedans toy, si tu ne la laissois dépérir et perdre : non tant d'eau, disje ; (luàm multa pietas , humanitas , liberalitas , Jides exigimt, (juae extra tabulas sunt ' ^. O chetive preud'hommie des formalistes, qui se tient aux mots de la loy, et en pense estre quitte ! combien de debvoîrs requis au delà? quàm angusta innocentia ad legem bonum esse : laiius officiorujn patet , qiùunjuns regula^^. Ny si forte et si vive , tesmoin que pour les bien entendre et sçavoir leur intention , souldre et sortir d'une ambiguité , difficulté , antinomie , il les faut ramener à la source , ^^^^^^^^^___^^__^^^ . . — -■ — '
*7 a Ils retiennent injustement la vérité qui vient de Dieu » St. Paul aux Rom. , c. i , v. i8.
>^ « Combien la piété, Fhumanité , la générosité, la foi n^exigent-elles pas de choses qui ne sont pas dans les tables «les lois ». Senec. De ira , L. II , c. xxvii, in fine.
'9 « C'est peu de chose que Finnocence qui reste dans les bornes de la loi : la règle des devoirs sYtend bien plus loin que la règle du droit ». Senec. ibid.
et rentrant au dedans , les mettre à la touche et coucher au niveau de la nature , anima legis ratio ^^. Voycl donc une preud'hommîe essentielle , radicale et fondamentale , née en nous de ses propres racines, par la semence de la raison universelle , qui est en l'ame , comme le ressort et balancier en Thorloge , comme la chaleur naturelle au corps se maintient de soymesme forte et invincible , par laquelle l'on agit selon Bien, selon soy, selon nature , selon l'ordre et lapolice universelle du monde, quietement, doucement, et ainsi sombrementet obscurément, sans bruit, comme le batteau qui n'est poussé que du fil et du cours naturel et ordinaire de l'eau : toute autre est entée par art, et par discipline accidentale , comme le chaud et le froid des fièvres, acquise et conduite par des occasions et considérations estrangeres , agissant avec bruit , esclat et ambitieusement.
Voylà pourquoy la doctrine de tous les sages porte que bien vivre , c'est vivre selon nature , que le souverain bien en ce monde , c'est consentir à nature , qu'en suivant nature, comme guide et maistresse, l'on ne fauldra jamais, naturam si seguaris ducem , nusijuam aherrabis *^* — boniun est quod secimdum naturain: — omnia vitia contra naturain sont : — idem beatè vivere et
^^ « La raison de la loi est dans Tame ».
"" « En prenant la nature pour guide , vous ne risquez point de vous égarer ». Cicér. de qffic. L. I , c. xxvuf.