‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 46 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE III

secundum naturani ^^, entendant par nature Tequite' et la raison universelle qui luit en nous , qui contient et couve en soy les semences de toute vertu , probité , justice, et est la matrice de laquelle sortent et naissent toutes les bonnes et belles lois , les justes et équitables jugemens que prononcera mesme un idiot.: Nature a disposé toutes choses au meilleur estât qu'elles puissent estre , et leur a donné le premier mouvement au bien et à la fin qu'elles doivent chercher , de sorte que qui la suyvra ne fauldra**^ point d'obtenir et posséder son bien et sa fin. Sapientia est in naturam conçerli, et eb restitui undè publicus error expulerit : — Ab illâ non deerrare , ad iUius legem exemplwnque fonnari sapientia est ^^. Les hommes sont naturellement bous , et ne suyvent le mal que pour le proffit ou le plaisif : dont les législateurs , pour les induire à suyvre leur inclination naturelle et bonne , et non pour forcer leurs volontés , ont proposé deux choses contraires, la peine et la recompense.

" « Ce qui est selon la nature est bien : — Tous les vices sont contre nature : — Vivre heureux et vivre selon la nature, c'est même chose ». Sen. epîst. cxviii; — id.de PUabeata, cap. VIIIl — id, epîst. cxxil.

.**^ Ne manquera point.

'^ « La sagesse est de se rapprocher toujours de la nature , de revenir à ce point d'où nous avait fait sortir l'erreur générale : — Ne s'écarter jamais de la nature , se conformer à ses lois et à son exemple, c'est la sagesse » Sen. epist. lxliv. — id. Pe Vita beata , c, m.

Certes nature en chaseun de nous est suffisante et douce maistresse , et règle toutes choses , si nous la voulons bien escouter , l'employer , TesYciller , et n'est besoin aller quester ailleurs , ni mendier de l'art et des sciences , les moyens , les remèdes et les Règles qui nous font besoin : un chaseun de nous , s'il vouloit , vivroit à son ayse du sien. Pour vivre content et heureux , il ne faut point estre sçavant , courtisan , ny tant habile ; toute cette suffisance qui est au delà la commune et naturelle est vaine et supertluë , voire apporte plus de mal que de bien. Nous voyons les gens ignorans, idiots et simples mener leur vie plus doucement, et gayement résister aux assauts de la mort, de l'indigence, de la douleur, plus constamment et tranquillement, que les plus sçavans et habiles. Et si l'on y prend bien garde , l'on trouvera parmy les païsans et autres povres gens des exemples de patience , constance , equanimité , plus purs que tous ceux que l'eschole enseigne : ils suyvent tout simplement les raisons et la conduite de nature , marchent tout doucement et mollement aux affiaiires , sans s'eschauffer ou s'eslever, et ainsi plus sainement : les autres montent sur leurs grands chevaux, se gendarment, se bandent et tiennent tousjours en cervelle et en agitation. Un grand maistre et admirable docteur en la nature a esté Socrates , comme en l'art et science Aristote. Socrates, par les plus simples et naturels propos, par similitudes et indue-

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