‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 50 sur 245 · LIVRE II, CHA.P1TRE 111. gS · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHA.P1TRE 111. gS

leur naturel particulier, c'est-à-dire le tempérament, et la trempe si bonne et si douce (ce qui vient principalement de la première conformation au ventre de la mère , et puis du laict de la nourrice , et de toute cette première et tendre éducation) qu'ils se trouvent sans effort et sans art ou discipline , tous portés et disposés à la bonté et preud'hommle , c'est-à-dire à suyvre et se conformer à la nature universelle , dont ils sont dits biens nés , gaudeant bene nati Cette telle preud'hommie naturelle et aysée, et comme née avec nous, s'appelle proprement bonté, qualité d'amebien née et bien réglée, c'est une douceur, facilité et débonnaire té de nature, non pas (affin que personne ne se trompe) une mollesse, une féminine, sotte , bonasse et vicieuse facilité, qui fait qu'on veust plaire à tous, et ne desplaire ni offenser personne, encores qu'il y ait subjet juste et légitime, et que ce soit pour le service de la raison et de la justice. D'où il advient qu'ils ne veulent s'employer aux actions légitimes , quand c'est contre ceux qui s'en offensent , ni aussi refuser du tout les illégitimes , quand c'est envers ceux qui y consentent. D'eux on dict, et est cette louange injurieuse , il est bon , puis qu'il est bon mesme aux meschans ^^ ; et cette accusation vraye , comment se-

^^ C'est ce qu'on disait d'un roi de Lacédémone. Foyez Plutarque , Comment on pourra discerner le flatteur draveo

Vaini.

gG DE LA SAGESSE,

roit-il bon , puis qu^il n^est pas mauvais aux. meschans? il faudroit plustost appeller celte telle bonté , innocence, selon qu'on appelle les petits enfans, brebis, et autres telles bestès innocentes. Mais une active, forte , masle et efficace bonté , qui est une prompte , aysée et constante affection à ce qui est bon, droict, juste , selon raison et nature.

Il y en a d'autres si mal nés, qu'il semble que (comme des monstres) leur naturel particulier soit faict comme en despit de la nature universelle , tant ils luy sont revésches. En ce cas, le remède pour corriger, reformer, addoucir, apprivoiser et redresser cette mauvaise, aspre, sauvage et tortue nature, la ployer et appliquer au niveau de sa générale et gi*ande maistresse , la nature universelle , est de recourir à l'estude de la philosophie (comme fit Socrates) et à la vertu, qui est un combat et un effort pénible contre le vice , un estude laborieux qui requiert du tems , de la peine et de la discipline. Virius in arduo et citca difficile , ad januam virtutis excubant labor et sudor : DU mortaUbus virtutem laboris pretio vendiderunt^^. Ce n'est pour enter ou introduire une nouvelle , estrangere où

^^ a La vertu est dans un lieu de difficile accès; le travail et la fatigue sont toujours à la porte de la vertu : les dieux immortels nous ont vendu la vertu au prix du travail ». — Sënèque pensait bien diCTéremment , lorsqu'il dit : Nec ut quibusdam visum est y arduum in virtutes et, asperum iter est : piano adeuntitr. L. II, de ira, c. xiii.

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