LIVRE II, CHAPITRE III
artificielle prêûd'hommie , et ainsi accidentale , et telle que cy-dessus j'ay dit n'estre la vraye , mais c'est en ostant les empeschemens , pour réveiller et rallumer cette lumière presque esteinte et languissante, et faire revivre ses semences presque estoufFëes parle vice particulier et mauvais tempérament de l'individu ; comme en ostant la tiie de devant l'œil, la veuë se recouvre, et la poussière de dessus le miroir, l'on y voit clair. Par tout cecy se voit qu'il y a deux sortes de vraye preud'hommie ; l'une naturelle , douce , aysée , equable, dite bontë; l'autre acquise, difficile, pénible et laborieuse , dite vertu : mais à bien dire il y en a encores une troisiesme , qui est comme composée des deux , et ainsi seront trois degrés de perfection. Le plus bas est une facile nature et débonnaire, degoustée par soy-mesme de la desbauche et du vice ; nous l'avons nommé bonté, innocence : le second plus haut qu'avons appelle vertu , est à empescher de vive force le progrès des vices , et s'estant laissé surprendre aux émotions premières des passions, s'armer et se bander pour arrester leur course et les vaincre : le troisiesme et souverain est d'une haute resolution et d'une habitude parfaicte , estre si bien formé , que les tentations mesmes n'y puissent naitre , et que les semences des vices en soient du tout desracinées, tellement que la vertu leur soit passée en complexion et en nature ^^.
^^ Comme dans Caton,. de qai Yell^us Patercula» fait ce II. 7
Celtuy dernier se peust appeller perfection : luy et le premier de bonté se ressemblent, et sont differens du second, en ce qaHU sont sans bruit, sans peine, sans efFort.^Ccst la vraye teinture de Famé , son train naturel et ordinaire , qui ne couste rien : le second est tousjours en cervelle et en contraste. Ce dernier et parfait * est acquis par un long estude et sérieux exercice des règles de la philosophie , joint à une belle , forte et riche nature ; car 11 y faut tous les deux, le naturel et Pacquls. Cest à quoy estudiolent ces deux sectes, la stoïcienne , et encores plus Peplcurlenne (ce qui semblerolt estrange , si Seneque et d^ autres encores anciens ne Tattestolent , qui en sont bien plus à croire que tous les autres plus modernes) , qui avolt pour ses jouets et esbats la honte , rindigencc , les maladies, les douleurs, les géhennes, la mort; nonseulement ils mesprlsolent, soustenolént patiemment, et valnquolent toutes aspretës et difficultés ; mais Ils les rechercholent, s^en esjoulssolent et chatoulUolent, pour tenir leur vertu eu haleine et en action, laquelle ils rendoient non seulement ferme , constante, grave et
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bel éloge : Nunquàm rectèjecit ut rectèfecisse videretur ^ ged quia aliter facere non poterat. m. Il ne fit jamais une bonne action pour paraître Tavoir faite \ mais parce qu^îl n^était pas en lui de faire autrement». Vell. Patercul. L. II,