‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 52 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE III

sevçre , comme Caton et les Stoïciens , mais encores gaye, riaute, enjouée, et s'il est pennis de dire, folastre.

Sur la comparaison de ces trois il semble à aucuns (qui n'apperçoivent la hauteur et valeur du troisiesme) que le second de la vertu à cause de ses difficultés , dangers, efforts, emporte l'honneur, et comme disoit Metellus, c'est chose par trop lasche et vilaine de mal feire^^ : faire du bien où n'y a peine ny danger, c'est chose commune et trop aysée ; mais faire bien , où y a danger et peine, c'est le devoir d'un homme de bien et de vertu ; c'est le mot du divin philosophe , xàXcjr» ta xa5ia. ^^ Mais pour en dire au vray ce qui en est, outre que la difficulté , comme est dit par nous ailleurs, n'est pas vraye , ny juste et légitime cause d'estimer une chose , il est certain qu'en chose pareille , le naturel vaut mieux que l'acquis , qu'il est bien plus noble , plus excellent et divin d'agir par nature que par art ^\

^ Ceci est tiré de Plutarque , Fie de Marins, ^7 (c Les belles choses sont difficiles ». Ce sont les derniers mots du dialogue de Platon , intitulé Hippias Major , sive de PtUchro,

^* Voîci quel était là-dessus le sentiment de Bayle : « C'est, dit^il , une plus grande perfection d^étre toujours sage , que de le devenir par la voie de ramendement; mais il est plus difficile de se convertir à la sai^tsst que de ne s^en écarter ja* mais ». Foy. Bayle , art. /^a^er. Rem. F. — Ce passage peut servir de décision à la question agitée par Charron ,, et la distinction de Bayle est très sensée. N.

loo DE LA SAGESSE,

aysement, equablemeht et uniformément, que péniblement , inégalement, avec doute et danger. Bieu est bon en la première façon : c'est la naturelle et essentielle bonté; nous ne Toserions appeller vertueux, ni les anges et esprits bienheureux , ils sont dits bons ; mais pource que la vertu fait plus de bruit et d'esclat, et agit avec plus de véhémence , que la bonté, elle est plus admirée et estimée du populaire qui est un sot juge, mais c'est à tort. Car ces grandes enleveures et extravagantes productions qui semblent estre tout zèle et tout feu, ne sont pas du jeu, et n'appartiennent aucunement à la vraye preud'hommie : ce sont plustost maladies et accès fiévreux, bien eslongnés de la sagesse, que nous requérons icy douce, equable et uniforme.

Cecy soit dit en gros de la preud'hommie ; car les parties d'icelle et ses devoirs seront au troisiesme livre, spécialement en la vertu de justice*.

Je veux icy adjouster un mot selon que j'ay promis pour reboucher la pointe de la médisance, et faire cesser les plaintes de ceux qui trouvent mauvais de ce que je fay tant valoir la nature (bien que ce soit Dieu, comme a esté dit, et que ce livre ne parle que du naturel et humain) comme si c'estoit tout et ne fust plus rien requis. C'est qu'après tout ce que j'ay

* VariarUe, Mais il faut parler icy un peu de la contraire , la mesclianceté , et la lay opposer. ( Tout le paragraphe qai suit , n'est pas dans Fédition de 1601 }.

LIVREi't.JGjiAÏ.ITRE 111. iqi

dit, il reste encores une chose ;'pû)j[tfjnrâdre:roavrage complet et parfait, c^est la grâce de Diea par J^uelle cette telle preud^hommie , bonté, vertu, est anîînetî,.-.'] \. • mise à son jour, et reçoit son dernier trait visuel, ' ; est relevée , christianisée , couronnée , c'est-à-dire ac-*» ceptée, vérifiée, homologuée de Dieu, rendue méritoire et digne de recompense étemelle. La preud'hommie est semblable au bon joueur d'orgues qui touche bien et justement selon Part : la grâce et Tesprit de Dieu est le souffle et le vent qui exprime les touches, anime et fait parler Tinstrument, et produit la mélodie plaisante. Or ce bien ne consiste point en longs discours , préceptes et enseignemens ny ne s'acquiert par nostre fait et labeur propre , c'est un pur don d'en haut, dont il en porte le nom. Grâce : mais il le faut désirer, demander, implorer, et humblement et ardemment. ODieu! daignez par vostre immense bonté me regarder de l'œil de vostre clémence , accepter et aggréer mon désir, mon essay , mon petit euvre , qui originellement vient de vous , par l'obligation et instruction que m'en avez donné en la loy de nature , qu'avez planté en moy, affin qu'il retourne à vous, et qu'acheviez ce que vous avez commencé , affin que soyez mon A et û*^^ : arrousez-moy de vostre grâce.

*^ C^est-à^dîre mon alpha et mon oméga , mon commencement et ma fin.

loa DE L.A-'ÇVgESSE,

tenez et c^nscss^mmt^^'vostrc, etc. Le moyen de Tobte^ltV.^^^^^^'di^^ <lc convier Dieu à nous en Ratifier, • . • ";^'çsft*éêtte preud^hommie (comme a esté dîct au pre- [ • ' face où je renvoyé le lecteur pour ne redire) la matière bien préparée appelle à soy la forme , la grâce , n'est pas contraire ny ne force ou détruit la nature , ains doucement la relevé et la parfait. Ainsi ne la luy faut opposer comme sa contraire , mais apposer comme sa couronne : elles sont toutes deux de Dieu , il ne les faut dope pas contreheurter ny aussi confondre, cbascune a son ressort et son action séparée. Ce sont deux, que le joueur et le souffleur, aussi sont-ce deux que la preud'hommie et la grâce , Faction bonne en soy naturellement, moralement, humainement, est Faction méritoire. Celle-là peust bien estre sans cettecy , et a son pris comme en ces philosophes et grands hommes du temps passé, admirables certes en la nature et en toute sorte de vertu morale , et se trouve encores parmy les mescreans : mais cette-cy né peust estre sans celle-là, non plus que le couvert, la couronne et consommation ne peust estre sans le corps élevé. Le joiieur peust en tout cas exercer son art sans le souffleur, ainsi la preud'hommie ^ans la grâce : il est vray que ce ne sera que aes sonans et cpnbalum

Mo Regardez- moi comme vôtre. — (7e«5ea, de censerCj croire, jnger.

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