LIVRE II, CHAPITRE III
Hepentance est un desadveu, et une desdite de la volonté , c'est une douleur et tiîstesse engendrée en nous par la raison , laquelle chasse toutes autres tristesses et douleurs, qui viennent de causes externes. La repentance est interne , internement engendrée , parquoy plus forte que toute autre , comme le chaud et le froid des fièvres est plus poignant que celuy qui vient de dehors. La repentance est la médecine des arnes^^ la mort aux vices, la guarison des volontés, et consciences , mais la faut bien cognoistre. Premièrement, elle n'est pas de tout péché, comme a esté dit, non de celuy qui est invétéré , habitué , authorisé par le jugement mesme , mais de l'accidentai et advenu par surprinse ou par force, ny des choses qui ne sont pas en nostre puissance , desquelles y a bien regret et desplaisir, non repentir, ny ne doit advenir en nous pour les issues mauvaises et contraires à nos conseils et desseins. Il est advenu aiftrement que l'on a pensé, xonceu et advisé, pour cela ne se faut repentir du conseil et de l'advis , si lors l'on s'y est porté comme l'on debvoit, car l'on ne peut pas deviner les issues: si l'on les sçavoit, il n'y auroit lieu de consulter ; et ne faut jamais juger des conseils par les issues ^*; ny ne
*7 Saint-Jérôme Tappelle une seconde planche après le naufrage. Secunda tabula post naufragium est pœnitentia, Saînt- Jérome , comment, sur Isaïe , c. m.
*• C'est ce que Charron dit encore et prouve dans son chap. XLlv duliy. i*^, — J'ajouterai ici un passage de Pline
io8 DE LA SAGESSE,
doit naistre en nous par la vieillesse , impuissance et degoust des choses, ce seroit laisser corrompre son jugement: car les choses ne sont pas changées, pource que nous sommes changés par Faage , maladie , ou autre accident. L^assagissement ou amendement qui vient par le chagrin, le degoust et foiblesse, n'est pas vraj nj conscientieux, mais lasche etcatarreux. Il ne faut point que la lascheté du corps serve de courtier, pour nous ramener à Dieu et à nostre devoir ou repentance: mais la vraye repentance et vraj radvisement est un don de Dieu, qui nous touche le courage, et doit naistre en nous , non par la foiblesse du corps , mais par la force de Famé , et de la raison.
Or , de la vraye repentance naist une vraye , franche et conscientieuse confession de ses fautes. Comme aux maladies du corps. Ton use de deux sortes de remèdes, Tun qui guai*it ostant la cause et racine de la maladie, Fautre qui ne fait que pallier et endormir le mal, dont celuy là est plus cuisant que cettuy-cy, mais aussi plus salutaire : ainsi aux maladies de Tame , le vray
jeune , qui , sur ce sujet , me parait très-concluant. Est omnin^ iniquumy sed usu receptum , etc. « Bien n^est moins raisonrnable ; mais rien n'est plus commun que de voir les entreprises honnêtes ou honteuses être approuvées ou blâmées selon le succès. De là il arrive souvent qu'une même action est regardée , tantôt comme une action de zèle ou d'ostentation, tantôt comme un trait de liberté ou de folie ». Pline le jeune, L. V, epîst. XXI,