LIVRE II, CHAPITRE IV. ii
vivent misérablement et sans repos, comme gens con-' traints : ceux-là aussi ne se peuvent tenir coy , ne cessent d^aller et venir sans aucun dessein, font des empeschës *^ et ne font rien ; les actions d'un sage homme tendent tous] ours à quelque fin certaine : magnarn rem puta unum hominem agere : praeter sapientem nemo unwn agit: multiformes sumus^. Mais la pluspart n'en délibère point ny n'en consulte , l'on se laisse mener comme bufles, ou emporter au temps, compaignie, occasion, et ne sçauroit dire pourquoy il est plustost de cette vacation que d'une autre, sinon que son père en estoit ou bien que sans y penser il s'y est trouvé tout porté, et y a continué , tellement que comme il n'a bien considéré l'entrée, il n'en sçauroit aussi trouver l'issue, pauci sunt qui consilio se suaque disponant, caeteri eorum more qui Jluminibus innatant, non eunt sedferuntur^.
Or*pour se bien porter en cecy, bien choisir, et puis bien s'en acquitter, il faut sçavoir deux choses et deux naturels ; le sien , sa complexion, sa portée et
*^ Font les affairés.
^ » Croîs qu'une grande chose ne peut être faite que par un homme seulement; mais il n'y a que le sage qui s'occupe d'une seule affaire : nous aimons presque tous à paraître sous diverses formes ». Sen. épis t. cxx, suhfinem,
^ « Pour disposer d'eux , de leur vie entière , il est trèspeu d'hommes qui délibèrent avec maturité: les antres, comme s'ils étaient sur un fleuve , se laissent emporter au cours de l'eau ». Sen. epist. xxiii.