‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 61 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE IV. nS · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IV. nS

forcer pour le service et acquit de la fonction et charge que Ton prend , ou au rebours , si pour suyvre son naturel soit de gré et volonté, ou que par force et insensiblement il nous entraine , l'on vient à faillir ou heurter son debvoir , quel desordre ! Où sera l'equabilité ? la bienséance ? si çuidçua/n décorum, nihil pro^ fectb magis quàm aequabilitas vitae universae, et singularwn actionwn , qiiani conservare non possis , si aliorwn imiteris naturam , omittas tuain^ . Ce sont contes dépenser durer et faire chose qui vaille , et qui aye grâce . si le naturel n'y est.

Ta nihil invita dices faciesve Minervâ '^:

id (juemque decet quodesi suum maxime: — sic estfacien-ium ut montra naturam universam nîl contendatnus , eâ servatâ proprimn sequamur ' ' .

Que s'il advient que par malheur, imprudence, oii autrement, l'on se trouve engagé en une vacation, et

9 « S^il est quelque chose de bienséant, rien ne l^est sûrement davantage qu^une vie toujours la même, et qui ne se dément par aucune action. Or , comment conserver une telle anîfonnîté de vie , si vous quittez votre caractère pour prendre celui d'autrui » ? Cic. de qffic, L. I , c« xxx.

'® « Tu ne diras , tu ne feras rien sans faveu de Minerve». Hor, art. poet. v. 385.

" (c Rien ne convient plus à chacun que ce qui est dans son caractère : — 11 ne faut, dans aucun cas, rien faire qui jsoit contre le caractère général de Thomme ; mais , cela ob-« serve , nous pouvons suivre notre caractère particulier ». Cic. deoffic. L. I, c. XXXI, N^ ii3. — Id, ibid, N®. iio.

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train de vie pénible et incommode , et que l'on ne s'en puisse plus desdire : ce sera office de prudence et sagesse, de se résoudre à la supporter, l'addoucir, et l'accommoder à soj tant que l'on peust, faisant comme au jeu de hasard, selon le conseil de Platon"/ auquel si le dé ou la carte a mal dit, l'on prend patience , et tasche-t-on de rhabiller le mauvais sort, et comme les abeilles qui du thim , herbe aspre et seiche, font le miel doux , et comme dit le proverbe , faire de nécessité vertu.

'*' Ce n'est pas saa« un extrême plaisir que )'ai trouvé dans iPlaton , tout le passage dont Charron indique ici une pensée. Voici ce que dit ce philosophe : « La loi dit qu'il est beau d'être ferme dans les malheurs , qu'il ne faut pas se laisser abattre par le chagrin. Et la raison qu'elle en donne, c'est qu'on ignore si ces accidens sont des biens ou des maux; qu'on ne gagne rien à s'en affliger ; que les événemens de la vie ne méritent pas que nous y prenions un si grand intérêt, et surtout que l'affliction est un obstacle à ce qu'il y avait de mieux à &ire en ces rencontres.-— (r/auc. Que faudrait-il donc faire alors ? — Prendre conseil de la raison sur ce qui vient d'arriver ; corriger par notre bonne conduite , l'injustice du sort , comme le joueur répare par son habileté le mauvais coup que le dé lui a amené, et ne pas faire comme les enfans, qui, lorsqu'ils sont tombés , portent la main à la partie blessée , et perdent le tems à crier ; mais plutôt accoutumer notre ame à appliquer promptement le remède à la blessure , et à relever ce qui est tombé sans nous amuser à des pleurs inutiles. — Glauc. C'est sans doute ce que nous pouvons faire de mieux dans les malheurs qui nous arrivent ». Platon, de la Républ. L, X.— N*

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