LIVRE II, CHAPITRE V
comme les vrayes , ou par imposture et beau semblant, des révélations, apparitions, prophéties, miracles, prodiges , sacrés mystères, saints. Toutes ont leur origine et commencement, petit, folble, bumble, mais peu à peu par une suite et acclamation contagieuse des peuples, avec des fictions mises en avant, ont prins pied, et se sont authorisëes, tellement que toutes sont tenues avec affirmation et dévotion , voire les plus absurdes. Toutes tiennent et enseignent que Dieu s^appaise, se fleschit et gaigne par prières, presens, vœux^ et promesses, festes, encens. Toutes
^ Ce sont ces trois choses qui constituaient Y adoration chez les pajens , comme on le voit dans ces trois vers de Virgile :
Junonis magnâ primwn prece numen adora , Junom cane vota iibens , dominamçue potentem Supplicibus supera donis ...
YiRG. ^neid. L. III , v. 437.
Mais il faut dire que les sages désapprouvaient cette opinion que les dieux s'appaisent par des présens et des ojf rondes. Lisez, à ce sujet, un très-beau passage de Platon : « Voici nécessairement comment il faut que parle celui qui soutient que les dieux sont toujours disposés à pardonner aux méchans leurs injustices , pourvu que ceux-ci leur fassent quelque pari du fruit de leurs crimes. C^est comme s'il disait que les loups donnent aux chiens quelque petite part de leur proie , et que les chiens gagnés par cette largesse , leur abandonnent le troupeau pour le ravager impunément. N'est-ce pas là le langage de ceux qui disent que les dieux sont faciles à appaiser P » Platon , des Lois, L. X , vers la fin.
croîent que le principal et plus plaisant service h Dieu et puissant moyen de Tappaiser , et pratiquer sa bonne grâce, c'est se donner de la peine, se tailler, imposer et charger de force besongne difficile et douloureuse, tesmoin par tout le monde et en toutes les religions , et encore plus aux fausses qu'aux vrayes , au mahumetisme qu'au christianisme, tant d'ordres, compagnies , hermitages et confrairies destinées à certains et divers exercices, fort pénibles et de profession estroite, jusques à se deschirer et descoupper leurs corps , et pensent par-là mériter beaucoup plus que le commun des autres, qui ne trempent en ces afflictions et tourmens comme eux , et tous les jours s'en dressent de nouvelles, et jamais la nature humaine ne cessera , et ne verra la fin d'inventer des moyens de se donner de la peine et du tourment , ce qui vient de l'opinion que Dieu prend plaisir et se plaist au tourment et deffaile de ses créatures ^ , laquelle opinion est fondamentale des sacrifices , qui ont este universels par tout le monde, avant la naissance de la chrestienté, et exercés non-seulement sur
^ Les sages , cbez les pajens , étaient bien loin de partager cette erreur. « 11 y a de Timpiélé , dît Plutarque , de s'imaginer que les dieux se plaisent au meurtre et au sang : s'ils s'y plaisaient , ils ne seraient plus dieux , et devraient être délaissés comme des êtres vîcieax et impuissans ^ car c'est dans les âmes faibles et vicieuses que naissent et s'impriment tels désirs injustes et corrompus ». Plut, in Pelopid, — N.