LIVRE II, CHAPITRE V. i3i
l'on est de celle que le lieu et la compagnie où Toa est né, tient; Ton est circoncis, baptisé, Juif et Chrestlen avant que Ton sçache que Ton est homme ; la religion n^est pas de nostre choix et élection , Thomme sans son sçeu est fait Juif ou Chrestien , à cause quMl est né dedans la Juifverie ou Chrestienté, que sMl fust né ailleurs dedans la Gentilité ou le Mahumetisme , il eust esté de mesme , Gentil ou Mahumetan. Quant à l'observance les vrais et bons professeurs d'icelles , outre la profession externe qui est commune à tous , voire et aux mescroyans, ont le don de Dieu, le tesmoîgnage du St.-Esprit au dedans , mais c'est chose qui n'est pas commune ny ordinaire , quelque belle mine que Ton tienne , tesmoin la vie et les mœurs si mal accordantes avec la créance, tesmoin que par occasions humaines et bien légères, l'on va contre la teneur de sa religion. Si elle tenoit et estoit plantée par une attache divine , chose du monde ne nous en pourroit esbranler , telle attache ne se romproit pas si aysement ; s'il y avoit de la touche et du rayon de la divinité , il paroistroit partout, et Von produiroit des effets qui s'en sentiroient, et serolent miraculeux , comme a dit la vérité : si vous aviez une seule goutte de foy, vous remueriez les montagnes. Mais quelle proportion ny convenance entre la persuasion de l'im-
Que 1* exemple et le tems nous viennent retracer , Et que peut-être en nous Dieu seul peut efTacer.
Zaïre » Act. I , Se. i.
litt DE LA SAGESSE,
tnortalîtë de Tame et d^une futare recompense si glo^ rieuse et heureuse, ou si malheureuse et angoisseuse; et la vie que Ton mené? La seule appréhension des choses que Ton dît croire si fermement, feroît esgarer et perdre le sens : la seule appréhension et crainte de mourir par justice et en public, ou de quelqu^autre accident honteux et fascheux, a fait perdre le sens h plusieurs, et les a jetés à des partis bien estranges : et qu^est-cela au pris de ce que la religion enseigne de Tad venir? Mais seroît-il possible de croire en vérité, espérer cette immortalité bienheureuse, et craindre la mort passage nécessaire à icelle ? craindre et appréhender cette punition infernale , et vivre comme Ton fait? Ce sont contes, choses plus 'incompatibles que le feu et Teau. Us disent qu^ils le croient ; ils se le font à croire qu'ils le croient , et puis ils le veulent faire à croire aux autres , mais il n'en est rien, et ne sçavent que c'est que croire : c'est un croire, mais tel que l'escripture appelle historique, diabolique , mort, informe, inutile, et qui fait plus de mal que de bien. Tels croyans sont de vrais mocqueurs et aflronteurs , disoit un ancien ; et un autre , qu'ils sont d'une part les plus fiers et glorieux, et d'autre part les plus lasches et vilains du monde ; plus qu'hommes aux articles de leur créance, et pires que pourceaux en leur vie. Certes si nous nous tenions à Dieu et à nostre religion, je ne dis pas par une grâce et une estreinte divine , comme il faut , mais seule-