‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 71 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE V. i · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V. i

ment d^une commune et simple , comme nous croyons une histoire , et nous tenons à nos amis et compagnons, nous les mettrions de beaucoup au dessus de toute autre chose pour Fiufinie bonté qui reluit en eux ; pour le moins seroient-ils en même rang que ^honneur, les richesses, les amis. Or y en a-t-il bien peu qui ne craignent moins de faire contre Dieu et quelque point de sa religion , que contre son parent, son maistre , son amy , ses moyens. Tout cecy ne heurte point la dignité , netteté et hautesse de la Chrestienté, non plus que le fumier ne souille le rayon du soleil qui luit sur luy ; car comme a dit un ancien , jides non a personis , sed contra *'*. Mais Ton ne sçauroit trop crier contre les faux hypocrites à qui la vérité en veust tant par exprès et preciput , avec tant de vae qu'il leur jette et eslance de sa bouche ^'.

^^ « Il ne faut pas juger de la foi par les personoes , maïs , au contraire , des personnes par leur foi ». Ce passage est de Tertullien , de Prœscription. advers, kœret ; mais Charron Ta dénaturé en l'abrégeant. Voicî comme Tertullien s'exprime : Ex personis probamus fidem , an ex fide personas ?

'* Dans le chapitre xxiii de^St. Mathieu , il y a sept versets commençant par F'œ vobis , scribœ et pharisœi hypocritce ^ « Malheur à vous , scribes écrivains) et pharisiens hypocrites », et un huitième verset, qui a trop de rapport à quelques événemens de l'histoire moderne , pour que je ne le cite pas en entier : Vas vobis , duces cœci , qui dicitis : quicumque iuraverit per lemplum , nihil est : qui autem juraverit in aura templi , débet 1 « Malheur à vous , chefs aveugles , qui

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Pour sçavoir quelle est la vraye pieté, il faut premieremeat la séparer de la faulse, faînte et contrcfalcte , afin de n'equivoquer comme la plus part du monde fait. Il n'y a rien qui face plus belle mine , et prenne plus de peine à ressembler la vraye pieté et religion , mais qui lui soit plus contraire et ennemie , que la superstition : comme le loup qui ne ressemble pas trop mal le chien, mais est d'un esprit et humeur tout contraire : et le flatteur qui contrefait le zélé ami , et n'est rien moins , et la faulse monnoye plus parée que la vraye. Gens superstiiioni obnozia , religionibus adversa^^. Et est aussi envieuse et jalouse, comme l'amoureuse adultère , qui , par ses petites mignardises, fait semblant de porter plus d'affection, et se soucier plus du mary , que la vraye espouse , la^' quelle elle veust rendre odieuse. Or les notables différences des deux, sont que la religion ayme et honore Dieu , met l'homme en paix et en repos , et loge en une ame libre , franche et généreuse ; la superstition trouble et effarouche Thomme , et injurie Dieu , apprenant à le craindre avec horreur et effray ; se cacher et s'enfuir de luy s'il estoit possible, c'est maladie

dîtes : quiconque a juré par le temple , ce n^est rien ; mais celui qui a juré par Ter du temple , doit être fidèle à son serment ».

'* « Nation adonnée à la superstition , et ennemie des religions ». Tacit. Hisior, L. V, cap, xiik

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