LIVRE II, CHAPITRE V. i
d^ame foible , vile et paoureuse. Superstitio error insanuSj amandos timet , ifuos coUt violât: — Morbuspusilh aninU^^, — Qui superstiiione imbutus est, quietus esse nus4juàtn potesL Varro aiu Deum a reUgioso vereri, h superstitioso timeri''^. Parlons de tous les deux à part. Le superstitieux ne laisse vivre en paix ny Dieu, ny les hommes : il appréhende Dieu chagrin, despiteux, difficile à contenter , facile a se courroucer , long à s'appaiser , et examinant nos actions à la façon humaine d^un juge bien severe, espiantet nous guettant au pas ; ce quUl tesmoigne assez par ses façons de le servir, qui est tout de mesme. Il tremble de peur, il ne peust bien se fier ny s^asseurer , craignant n'avoir jamais assez bien fait , et avoir obmis quelque chose , pour laquelle obmission tout peut-estre ne vaudra rien : il doute si Dieu est bien content ; se met en peine de le flatter pour Tappaiser et le gagner , Pimportune de prières , vœux , offrandes , se feint des miracles, aysement croit et reçoit les supposés pai' autres, prend pour soy, et interprète toutes choses
*^ K La superstition , cette folle erreur, craint ceux qu^elle devrait aimer , tourmente ceux qu^elle aime ; — c'est la maladie d'un esprit pusillanime ». Senec. Epist. CXXlll; — de Clément. L. II , cap. v.
^ r< Il n'a pas un instant de calme , celui dont la superstition s'est emparée. Varron dit que l'homme religieux respecte Dieu , que le superstitieux le redoute ». Cicer. de Finib. bon, et mal, L. I, n**. 60.
i36 DE LA SAGESSE,
cncores que purement naturelles, comme expressément faites et envoyées de Dîeu , mord et court à tout ce que Ton dit, comme un homme fort soucieux,, duo superstitionis propria , nimius timor, nimius cuhus ^^. Qu'est-ce tout cela , sinon en se donnant force peine, vilement, sordidement et indignement agir avec Dieu, et plus mécaniquement que Ton ne feroit avec un homme d'honneur : généralement toute superstition et faute en religion vient de ce que l'on n'estime pas assez Dieu ; nous le rappelions et ravalions à nous , nous jugeons de lui selon nous , nous l'affublons de nos humeurs : quel blasphème !
Or ce vice .et maladie nous est quasi comme naturelle , et y avons tous quelque inclination. Plutarque déplore T infirmité humaine , qui ne sçait jamais tenir mesure, et demeurer ferme sur ses pieds ^^ ; car elle panche et dégénère ou en superstition et vanité , ou en mesjpris et nonchalance des choses divines. Nous res-
'^ <c Deux choses caractérisent la superstîtion ; une trop grande crainte , une dévotion excessive ». Justc-Lîpse, nota ad primum Lib, Politiconim , in cap. m.
^^ Voici le passage de Plutarque : « La sottise des hommes est si grande , que , n'ayant point de bornes et ne pouvant jamais s^arrêter , elle tombe par le trop de crédulité dans la superstition et dans l'orgueil ; et par le trop de défiance, elle est portée à négliger et à mépriser les choses saintes ». Plat. in CanuVo. — Dacier croit qu^au lieu A^ orgueil , il faut lire , abattement, crainte accompagnée de tristesse ; ce qui fait un sens plus justes