LIVRE II, CRAPITRE V. iS
semblons au mal-advisé mary , coiffé de quelque tIlaine rusée, avec laquelle il fait plus à cause de ses mignotises et artifices , qu'avec son honneste espouse qui l'honore et le sert avec une pudeur simple et naïfve : ainsi nous plaist plus la superstition , que la religion.
Elle est aussi populaire , vient de foiblesse d'ame , d'ignorance ou mescognoissance de Dieu bien grossière ; dont elle se trouve plus volontiers aux enfans , femmes , vieillards , malades , assaillis et battus de quelque violent accident , bref aux barbares. Inclinant natura ad superstitionem barbari^\ C'est d'elle donc , et non de la vraye religion , qu'il est vray , ce que l'on dit après Platon , que la foiblesse et lascheté des hommes , a introduit et fait valoir la religion ^^ ; dont les enfans , femmes et vieillards . seroyent plus susceptibles de religion , plus scrupuleux et devotieux : ce seroit faire tort à la vraye religion, que luy donner une si chetive cause et origine.
Outre ces semences et inclinations naturelles à la superstition , plusieurs lui tiennent la main et la favorisent pour le gain et proffit grand qu'ils en tirent- Les grands aussi etpuissans, encores qu'ils sçachent ce qui en est , ne la veulent troubler ny empescher , sçachant que c'est un outil très propre pour mener
'7 (f Les barbares sont naturellement portés à la superstition ». Plutarque , Vie de Sertorius,
** Je crois que c'est dans le dixième Livre des Lois , que Platon a émis cette opinion.
i38 DE LA SAGESSE,
un peuple , d'où il advient que non-seulement ils fomentent et reschaufTent celle qui est desja en nature , mais encores quand il est besoin , ils en forgent et inventent de nouvelles ) comme Scipion, Sertorius, Sylla*' et autres,
Qui faciunt anîmos hamiles formîdine Divàm , Depressosque premunt ad terrain* . . ^
Nulla res multUudinem efficacius régit, ijuàtn superstitio^^. Or quittans cette orde et vilaine superstition, (que je veux estre abominée par celuy que je désire icy duire *^^ et instruire à la sagesse) apprenons et guidons-nous à la vraye religion et pieté , de laquelle je veux donner icy quelques traits et pourtraits, comme petites lumières. Mais avant y entrer je veux dire cecy en gênerai , et comme par préface , que de tant de diverses religions et manières de servir Dieu , qui sont ou peuvent estre au monde, celles semblent estre plus nobles et avoir plus d'apparence de vérité, lesquelles sans grande opération externe et corporelle,
*9 Voyez Plutarque , Vies de Sertorius et de Sylla s et encore , au sujet de Sertorius , Aulu-Gelle , Noct, Attic, , L. XV , cap. xxii.
^^ « Qui avilissent les âmes , en leur inspirant Teffroi des Dieux , qui les retiennent ainsi dans une basse abjection ». Lucrèce , de Rerum Naturd , L. VI , v. 5i.
^< (c Pour régir la multitude , rien de plus efficace que la superstition ». Quint. Curt. L* IV, cap. x.
*^* Conduire, ducere.