‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 80 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V

Bref il faut penser , parler et agir avec Dieu , comme tout le monde nous entendant, vivre et converser avec le monde , comme Dieu le voyant.

Ce n'est pas respecter et honorer le nom de Dieu comme il faut , mais plustost le violer , que de le mesler en toutes nos actions et paroles , légèrement et promiscuëment, comme par exclamation , ou par coustume , ou sans y penser, ou bien tumultuairement et en passant; il faut rarement et sobrement, mais sérieusement , avec pudeur , crainte et révérence parler de Dieu et de ses œuvres ^^, et n'entreprendre jamais d'en juger.

Voylà sommairement pour la pieté , laquelle doit cstrc en première recommandation, contemplant tousjours Dieu d'une ame franche , alegre et filiale , non effarouchée ny troublée , comme les superstitieux *.

^^ Ce que Charron dit îcî , me parait très- sensé. Les anciens ont eu à peu près la même pensée. « Si un mortel ose parler des dieux , dit Pindare , sa langue ne doit rien se permettre qui ne tourneà leur gloire : la faute en esf moins grande». Olymp. Od. T, v. 54-. — N.

'^ Variante, Pour les particularités , tant de la créance qu'observée , il faut d'une douce submission et obéissance s'en remettre et arrester entièrement à ce que TEglise en a de tout temps et universellement tenu et tient , sans disputer et s'embrouiller en aucune nouveauté ou opinion triée et particulière , pour les raisons desduites ez premier et dernier chapitres de nostre troisiesme venté , qui suffiront à ccluy qui ne pourra ou ne voudra lire tout le livre.

i48 DE LA SAGESSE,

Pour les parlîcalaritës tant de la créance qu^observance , îl se faut tenir à la chrestienne ^ comme la vraye , plus riche , plus relevée , plus honorable à Dieu , profitable et consolative à Thomme , ainsi qu^avons monstre en nostre seconde vérité ^' , et en icelle demeurant, il faut d^une douce submission et obéissance s^en remettre et arrester à ce que TËglise catholique a de tout temps , universellement tenu et tient , sans disputer et s^embrouiller en nouveauté ou opinion triée et particulière pour les raisons desduites en nostre troisiesme vérité , spécialement es premier et dernier chapitres , qui suffiront à celuj qui ne pourra ou ne voudra lire tout le livre.

Seulement ay-je icy à donner un advis nécessaire à celui qui prétend à la sagesse , qui est de ne séparer la pieté de la vraye preud^hommîe , de laquelle nous avons parlé cy-dessus , se contentant de l'une ; moins encores les confondre et mesler ensemble : ce sont deux choses bien distinctes , et qui ont leurs ressorts divers , que la pieté et probité , la religion et la preud'hommie , la dévotion et la conscience ; )e les veux toutes deux jointes en celuy que j'instruis icy , comme aussi Tune sans l'autre ne peut estre^tiere et parfaite , mais non pas confuses. Voîcy deux escueils dont il se faut garder, et peu s'en sauvent, les sepa-

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^9 Dans le chapitre m et sulvaus du IF. Livre des Trois

rentes.

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