LIVRE II, CHAPITRE V. i5i
premiers , qui ne se soucient que de religion. Ils pervertissent tout ordre , et brouillent tout , confondans la preud^hommie , la religion , la grâce de Dieu ( comme a esté dict cy-dessus ) , dont ils n'ont ny vraye preud'hommie ny vraye religion , ny par conséquent la grâce de Dieu , comme ils pensent , gens tant contens d'eux mesmes, et si prompts à censurer et condamner les autres , qui conjidunt in se et aspemantur alios ^K Us pensent que lareligion soit une généralité de tout bien et de toute vertu, que toutes vertus soyent comprinses en elle, et luy soyent subalternes, dont ne recognoissent autre vertu ny preud'hommie , que celle qui se remue par le ressort de religion.' Or c'est au rebours , car la religion qui est postérieure , est une vertu spéciale et particulière , distincte de tout^is les autres vertus , qui peust estre sans elles et sans probité , comme a este dict des Pharisiens , religieux et meschans : et elles sans religion comme en plusieurs philosophes , bons et vertueux , toutesfois irréligieux ^^. Elle est
gereuse , produisant quelquesfois de très vilains et scandaleux effects , ( comme rexperieucc Ta de tout temps faict sentir ) sons beaux et spécieux prétextes de pieté.
®^ « Qui ne mettent leur confiance qu'en eux , et méprisent les autres». St. Luc, Evang. chap. xviii, v. g.
^* Le père du Halde dit que les peuples de YWe Formose ne font aucun acte de religion, et ne récitent aucune prière, (c Quoique ces peuples , dit-il auparavant , passent dans Tes- •a prit des Chinois pour barbares , ils paraissent pourtant être
iSa DE LA SAGESSE,
aussi, comme enseigne toute la théologie, vertu morale , humaine , pièce appartenante à la justice , Tune des quatre vertus cardinales , laquelle nous enseigne en gênerai de rendre à chascun ce qui lui appartient , gardant à chascun son rang. Or Dieu estant par dessus tous , Tautheur et maislre universel , il luy faut rendre tout souverain honneur, service, obéissance , et c'est religion, subalterne et l'hypothèse de justice, qui est la thèse universelle plus ancienne et naturelle. Ceùx-cy veulent au rebours que l'on soit religieux avant preud'homme , et que la religion qui s'acquiert et s'apprend au dehors , ex audilu , (/uomodb credent sine prœdicatUe ^^ ^ engendre la preud'hommie , laquelle nous avons montré devoir ressortir de nature, loy et lumière que Dieu a mis au dedans de nous dès notre origine , c'est un ordre renverse'. Us veulent que l'on soit homme de bien , à cause qu'il y a un paradis et un enfer ^^, dont s'ils ne craignoyent Dieu, 1—^1^.— I — — »— — »^— »— — ■ ^.— ^— — ^^1— .— ^«^
moins éloignés de la vraie sagesse que plusieurs des philosophes de la Chine. On ne voit parmi eux , de Faveu même des Chinois , ni fourberies , ni vols y ni querelles , ni procès , que contre leurs interprètes ; ils sont équitables , et s^entr'aiment les uns les autres : ce que Ton donne à Tun d^eux , il n^oserait y toucher , que ceux qui ont oartagé avec lui le travail et la peine , ne partagent aussi le salaire ». Description de la Chine , tom. ï , pag. i66. y'
*^ a Par les oreilles ; . • . car comment croire ,'m l'on ne prêche » ? St. Paul aux Romains, ch. x , v. i4..
^ Voilà la religion de la plupart des chrétiens : le dogme