LIVRE II, CHAPITRE V. i
et d'estre damnés ( car c'est souvent leur jargon ) , ils feroyent de belles besongnes. O chetive et misérable preud'hommîe ! Quel gré te faut-il sçavoîr de ce que tu fais ? coiiarde et lasche innocence , quœ nisi meta non pUuet ^^ /Tu te gardes d'estre meschant , car tu n'oses , et crains d'éstre battu ; et desja en cela es-tu meschant.
Odcnint peccare mali formidine poenae ^^
Or je veux que tu l'oses, mais que tu ne veuilles quand tu n'en serois jamais tancé ; je veux que tu sois homme de bien , quand bien tu ne debvrois jamais aller en paradis , mais pource que nature , la raison , c'est-à-dire Dieu le veust , pource que la loi et la police générale du monde , d'où tu es une pièce , le requiert ainsi ^ et tu ne peux consentir d'estre autre que tu n'ailles contre toy-mesme , ton estre , ta fin. Certes telle preud'hommie causée par l'esprit a reli-
des récompenses et des peines est le seul qui les attache à la vertu. Renversez ce dogme de Téconomie évangélique , et vous verrez les trois quarts du monde chrétien secouer le joug des lois éternelles de la morale. — N.
^7 « Qui, sans la crainte, ne trouverait point de prosélytes ». Sénèque, l^aU Qtuçst, cap. XHI, injftnc. .
^ « Ils se gardent de mal (aire , mais par la crainte du châtiment ». Hor. L. I , EpùL XVI , v. 5a. Il y a dans Horace :
Odenint peccare boni virtutis amore ; Tu mhil admittes in te , formidine pœnœ.
,i54 DE LA SAGESSE,
glon ^^ , outre qu'elle n'est vraye et essentielle , n'agissant par le bon ressort autheur de nature ^^ , maïs accidentale ; encores est-elle très dangereuse , produisant quelques fois de très vilains et scandaleux effects ( comme l'expérience l'a de tout temps fait sentir ) sous beaux et spécieux prétextes de pieté. Quelles exécrables meschancete's n*a produit le zèle de religion ? Mais se trouve-t-il autre subject ou occasion au monde , qui en aye peu produire de pareilles ? 11 n'appartient qu'à ce grand et noble subject , de causer les plus grands et insignes effects "^^ :
Tantum religio potuit suadere malonim . . .
Quœ pcperit saepè scclerosa atque impia facta^^.
^ Cette leçon me parait fautive ; il £aut , je crois , par Ves^ prit de la religion. Je n'ai pu la vérifier dans la première édî^ tien où la fin de cet alinéa ne se trouve point.
7® Voy. ci-dessus ch. m , art. 5 et 4 ; voy. aussi la 3*. vérité , ch. I , art. 2.
7^ Je me rappelle , à ce sujet , un passage de Bayle. « Selon la déclaration expresse du fils de Dieu , dit-il , TÉvangile , en un certain seûs , n^a point apporté la paix au monde, mais la guerre. C'est une réflexion qui fut faite par les payens , au désavantage du christianisme. En effet , la prédication de Tévangile a été roccasion innocente de mille désolations et de mille saccagemens ». Bayle, Critique générale de l'histoire duCaU vinisme , L. XVII , p. 3i5 , tom. i de la i". édition. — N.
7* c< Quoi! la religion a pu conseiller tant de crimes. • . ! Combien «Uc a produit d'actions scélérates et Impies » ! Lucrèce , L. I , V* I02. — Ibid, V. 83.