‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 84 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE V. i · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V. i

N'aymer point , regarder d'un mauvais œil, comme un monstre , celuy qui est d'autre opinion que la leur , penser estre contaminé de parler ou hanter avec luy , c'est la plus douce et la plus molle action de ces gens : qui est homme de bien par scrupule et bride i^eligieuse, gardez-vous en, et ne l'estimez guéries : et qui a religion sans preud'hommie, je ne le veux pas dire plus meschant , mais bien plus dangereux que celuy qui n'a ny l'un ny l'autre. Omnis qui interficiet vos, putabit se obseqmum prœsiare Deo ^^. Ce n'est pas que la religion enseigne ou favorise aucunement le mal , comme aucuns ou trop sottement , ou trop malicieusement voudroyent objecter et tirer de ces propos : car la plus absurde et la plus faulse mesme ne le fait pas ; mais cela vient que n'ayant aucun goust ny image ou conception de preud'hommie, qu'à la suite çt pour le service de la religion , et pensant qu' estre homme de bien , n'est autre chose qu' estre soigneux d'avancer et faire valoir .sa religion , croyent que toute chose, quelle qu'elle soit, trahison, perfidie , sédition , rébellion et toute offense à quiconque soit, est non-seulement loisible et permise, colorée du zèle et soin de religion , mais encores louable , méritoire et canonisable , si elle sert au progrez et advancement de la religion , et reculement de ses

7^ « Quiconque vous tuera , croira faire une chose agréable

à Dieu ». St. Jean , Eyang. ch. xvi , y. 2. .

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adversaires ''^. Les Juifs estoîent impies et cruels à leurs parens , iniques à leur prochain , ne prestans ny payans leurs debtes, à cause qu'ils donnoient au temple : pensoient estre quittes de tous debvoîrs » et renvoyoient tout le monde, en disant Corban ^^.

Je veux donc * ( pour finir tout ce propos ) en

7^ Charron , comme oo le voit ici , se déclare formellement contre les persécutions pour cause de religion. Cela est d'un esprit juste et sensé. Ce sentiment mène droit à la tolérance de différentes religions dans un état ; et , selon moi , cette tolérance est un des axiomes primordiaux de la saine politique. — N.

75 Ce mot , en arabe , signifie offrande , oblatian. C'est le nom aussi d'une cérémonie des Mahométans, qui en ont emprunté beaucoup à la religion des Hébreux. Elle consiste à égorger plusieurs moutons en sacrifice , et à les distribuer aux pauvres. Ainsi le Corban est une espèce d'aumône pour expier ses péchés.

* Planante. Or voicy , pour achever ce propos , ce que je veux et requiers en mon sage , une vraie preud'hommie et une vraye pieté , joînctes et mariées ensemble ; que chascune subsiste et se soustienne de soj-mesme , sans Tayde de l'autre , et agisse par son propre ressort. Je veux que , sans paradis et enfer , l'on soit homme de bien : ces mots me sont horribles et^ abominables. » Si je n'estois chrestien , si je ne craignois Dieu , et d'estre damné , je ferois ou ne ferois cela ». O chetîf et misérable ! quel gré te faut-il sçavoir de tout ce que tu fais? Tu n'es méchant , car tu n'oses , et crains d'estre battu : je veux que tu oses , mais que tu ne veuilles , quand bien serois asseuré de n'en, estre jamais tansé : tu fais l'homme de biea

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