‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 90 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE VI. i · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI. i

elsçuallorem appeiere : deUcatas res c'upere luxuriœ est, usitatas et non magnù parabiles fugere 'demeniiœ est '**..

Qui a eavie d'escarter son ame, l'escarte hardiment s'il peust, lors que le corps se portera mal, et sera en grande douleur , pour la deschargfer de cette contagion: mais il ne peust, comme aussi ne doit-il; car à parler selon droit et raison, elle ne doit jamais abandonner le corps ; c'est singerie que le vouloir faire : elle doit regarder et le plaisir et la douleur d'une vue pareillement ferme ; l'un si elle veust sévèrement , et l'autre gayement : mais en tout cas elle doit assister au corps , pour tousjours le maintenir en reigle.

Mespriser le monde, c'est une proposition brave, sur quoy on triomphe de parler et discourir : mais je ne vois pas qu'ils l'entendent bien, et encores moins qu'ils le pratiquent bien : qu'est-ce que mespriser le monde? Qu'est ce monde ? Le ciel , la terre, en un mot les créatures ? Non , je crois : quoy donc ! L'usage, le proffit , service et commodité que l'on en tire ? Quelle ingratitude contre l'autheur qui les a faits à ces fins ? quelle accusation contre nature ? Et puis comment se peust-il faire de s'en passer ? Si enfin tu dis que ce n'est ny l'un ny l'autre , mais c'est l'abus d'icelles , les va-

«*> « Il est contre nature de tourmenter son corps , de rechercher la saleté de préférence à une propreté facile. C'est un ^%chs sans doute de ne vouloir rîen que de délicat et de voluptueux ; maïs c'est folie de repousser les jouissances qu'on peut se procurer à peu de frais ». Sénèque , Ëpîst. v.

i64. DE LA SAGESSE,

nités, folles, excess et desbauches qui sont au monde; bien dict, mais cela nVst pas du monde , ce sont choses contre le monde et sa police : ce sont additions tiennes: ce n'est pas de nature , mais de ton propre artifice. S'en garder comme la sagesse et la reiglè de cy après l'enseigne , ce n'est pas mespriser le monde , qui demeure tout entier sans cela : mais c'est bien user du monde , se bien reigler au monde , et comme la théologie enseigne, s'en servir, en user, etnon jouyr, uti, non frui. Or ces gens pensent bien pratiquer le mespris du monde par quelques mœurs et façons externes particulières , escartées du commun du monde , mais ce sont mocqueurs. Il n'y a rien de si mondain et de si exquis au monde , le monde ne rit point et n'est point tant folastre et enjoué chez soy comme dehors , aux lieux où on fait profession de le fuyr et fouler aux pieds. Ce qui est dict contre les hypocrites qui pnt tant dégénéré de leur principe , qu'il n'en est demeuré que l'habit , encores est-il de beaucoup changé, sinon en la forme , au moins en la matière , qui ne leur sert que pour les rendre plus enflés , hardis et effrontés , qui est toute l'opposite de leur institution , vœ vobis çui circuitis mare et aridam ut faciatis unurn proselitum , et cwn foetus Juetit y fa^itis fiUuin gehennae " ! Et non con-

" A Malheur à vous qui parcourez les mers et les terres pour faire un prosélyte , et qui , après qu'il l'est devenu , le rendez un fiU de Tenfer »u Sh Mathieu, ch. xxui , v. i5.

Page 1