‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 91 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE VI. i · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI. i

tre les bons , moins encores contre Testât en soy , qui est l'eschole de la vraye et saincte philosophie. C'est donc une opinion malade ; fantasque et desnaturëe , que rejetter et condamner généralement tous désirs et plaisirs. Dieu est le créateur et autheur de plaisir, pUmtavit Dominus paradisum voluptatis , posuit hominem in paradiso voluptatis , protuUt omne Ugnum pulchrum , suave , delectabile '*, comme se dira, mais il faut apprendre à s'y bien porter , et ouyr la leçon de la sagesse là dessus.

Cette instruction se peust réduire à quatre poincts ( lesquels si ces mortifiés et grand mespriséurs du monde sçavoient bien pratiquer, ils feroient beaucoup) sçavolr peu, naturellement, modérément, et par*'^ rapport court à soy. Ces quatre vont presque toujours ensemble , et lors font une reigle entière «t parfaite : et pourrait-on, qui voudroit, raccourcir et comprendre tous ces quatre en ce mot , naturellement *^ : car nature est la reigle fondamentale et suffisante à tout. Mais pour rendre la chose plus claire

" « Dieu planta un jardin de volupté ; il mît rhomme dans ce jardin ; il y croissait toutes sortes d'arbres agréables aux yeux^ et dont les fruits étaient délicieux au goût ». Genèse , cli^. II , V. i4 et i5.

"^'^ Et par un court rapport à soi, c'est-à-dire, sans y prendre trop de part , sans trop s'y attacher.

>4 ix Quand on sait se contenter de ce qui est nécessaire pour la vie , on n'a pas besoin d'autre philosophie ni d^ autre maitre ». Polyb. apud Suidam , verbo AvTapxeea.

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de noiis donner quelque chose , puis que nous avons en maîn sî beau moyen d'y pourvoir. Pourquoy demanderay-je plustost à autruy quHl me donne , qu^à moy que je ne désire ? quarepoûUs h fortuné impetrem ni det y çuàm à me ne petam ? quare autem petam obUtus fragHitatis hwnanae *' ? Si je ne puis et ne veux obtenir de moy de ne désirer poinct , pourquoy et de quel .front irai-je presser et extorquer de celuy sur lequel je n'ai aucun droit ny pouvoir ? Ce sera donc ici la reigle première aux désirs et plaisirs , que le (peu) ou bien la médiocrité et suffisance, qui contentera le sage, et le tiendra en paix. C'est pourquoi j^ai prins pour ma devise paix et peu. Au fol n'y a poinct d^ assez , rien de certain, de content. Il ressemble à la lune, qui demandoit à sa mère un vestement qui luy fust propre : mais il luy fut respondu qu'il ne se pouvoit , car elle estoit tantost grande, tantost petite , et tousjours changeante.

L'autre poinct fort germain à cettuy-cy , est ( naturellement ) ; car nous sçavons qu'il y a deux sortes de désirs et plaisirs, les uns naturels, ceux-cy sont justes et légitimes , sont mesme aux bestes , sont limites et courts , l'on en voit le bout , selon eux personne n'est

'< a Pourquoi demanderai-) e à la fortune de me donner, plutôt qu^à moi de ne pas demander? Et comment demander, à moins que Ton ne se souvienne pas de toute la fragililé humaine» ? Sénèque, ëp. xv, presque à la fin.

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