‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 93 sur 245 · LIVRE II,. CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE II,. CHAPITRE VIL

de se modérer dans Tiiae que dans l'autre. Aucune des deux ne devrait altérer le calme , la sérénité de l'arae. — Dans la prospérité , il faut : i^. se persuader que c'est à tort que Ton appelle biens , les richesses , les faveurs de la fortune; 2^. se souvenir que ce sont des dons per6des qui cachent , sous leur brillante enveloppe , des poisons ; 3". reconnaître ce qui est bien prouvé , que les désirs de l'homme ne peuvent jamais être complètement satisfaits , et que , dans la plus heureuse situation , il forme encore des vœux. Dans l'adversité, il faut se garder de Topinlon commune qu^elle est un maf. Elle purifie les mœurs , adoucit la fierté ; c*cst la lime de l'ame , qui la dérouille et la polit. D'ailleurs les peines , les malheurs tiennent à notre nature ; l'homme est né pour souffrir. A tous les maux il faut opposer le courage de Tarae : la fortune ne peut rien coptre la probité et la vertu. — Mais quel est Fbomme juslef envers la providence ? On s'occupe sans cesse du mal présent, sans mettre en compte le bien dont on a joui , sans songer que notre position ne peut être toujours la même, que d'autres biens peuvent succéder à nos maux. Chacun se croit aussi le plus malheureux des hommes ; et s'il jetait les yeux autour de lui , il verrait une foule de gens qui envient son sort. — Voici , au reste , deux remèdes contre tous les maux ; Iç premier à l'usage du vulgaire , l'autre à l'usage du philosophe ; c'est d'abord de s'accoutumer aux malheurs. Presque tous les malheurs ne

nous affectent bien sensiblement que par leur nouveauté. L'habitude les rend très-supportaMes, et .quelquefois les transfonne presque en plaisirs. G'eal', ensuite , d^attendre avec fermeté, tous les acci^ens- qui peuvent survenir. Un mal prévu depuis long-tems , ne surprend ni ne frappe bien cruellement. — Regardons venir les maux , attendons-les avec courage ; nous n'en serons jamais abattus.

Exemples : Dalîla et Samson ; — Épictète; — Joseph, fils de Jacob ; — Goliath ; — Jonas.

Il y a une double fortune avec qui il nou^ faut combattre , la bonne et la mauvaise , la prospérité et adversité ; ce sont deux duels , les deux temps dangereux ausquels il faut demeurer en cervelle : ce sont les deux escholes, essais et pierre de touche de Tesprit humain.

Le vulgaire ignorant n'en recognoist qu'un *' : ne croit pas que nous ayons affaire , ny qu'il y aye de la difficulté et du contraste avec la prospérité et la douce fortune en laquelle sont si transportés de joye, qu'ils ne sçavent ce qu'ils font, et personne ne peust durer avec eux : et en afflictions ils sont tons estonnés et abbattus , comme les malades qui sont en angoisse, lesquels ne peuvent endurer ny froid ny chaud.

Les sages recognoissent tous les deux , et imputent à mesme vice et folie , ne scavoir se commander en prospérité, et ne pouvoir porter les adversités. Mais qui est plus difficile et dangereux , ils n'en sont pas du tout d'accord ; aucuns disent l'adversité, à cause de son horreur et sa rigueur, difficiUùs est tnsiitiatn sus-

*' Qu'un duel.

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