‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 94 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

îinere quain a delectabilibus abstinere * : majùs est diffici'- Ua perstrtngere quant laeia moderari ^. Autres disent la prospérité , laquelle par son rire et ses mîgnardes douceurs , agît d'aguet , relasche et r' amollit l'esprit, et luy desrobe insensiblement sa trempe , sa force et vigueur, comme Dalila à Samson, tellement que plusieurs durs, opiniastres et invincibles à l'adversité , se sont laissés aller aux flatteries de la prospérité : magni lobons est ferre prosperitatem : — Segetem nimia stemit ubertas , sic immoderata félicitas riunpit^ , et puis l'affliction incite mesme nos ennemis à pitié , la prospérité émeut nos amis à envie. Item en l'adversité se voyant tombé et abandonné de tous , et que toute l'espérance est réduite à soy-mesme , l'on prend courage , l'on se relevé, se ramasse, Ton s'esvertuë de toute sa force : et en la prospérité se voyant assisté de tous qui rient et applaudissent , l'on se relasche , l'on se rend noncha-

^ « Il est plus difficile de supporter les chagrins que de s^abstenir des plaisirs ». Aristot. Éth, L. III , c. Xll.

^ « Il y a plus de mérite à ne point se laisser abattre par les circonstances difficiles , qu^à se conduire avec modération dans les circonstances heureuses ». Sénèque , ép. Lxvi. -* Dans plusieurs éditions de Sénèque , et entre autres dans l'édition Ehevir, on lit /?e/^//îg'ere , et non perstringere, comme a écrit Charron.

^ « C'est une assez forte tâche que d'avoir à supporter la prospérité. — Trop de bonheur brise , renverse les hommes comme trop d abondance les moissons ». Sén. ép. xxxix.

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lant, Ton se fie à tous, saus appréhension de mal et difficulté^ et pense- 1- on que tout est en seureté, en quoy Ton est souvent trompé. Peût-estre que selon la diversité des naturels et complexîons , toutes les deux opinions sont véritables ; maïs quant à Tutilité, il est certain que l'adversité a Fadvantage , c'est la semence , l'occasion , la matière de bien faire , le champ des plus héroïques vertus ,

Vircscit vulnere virtus ^,

aegrae fortunae sana consilia; meliiis in malis sapi(nus; sccunda rectum auferunt ^.

Or la sagesse nous apprend à tenir égalité en toute nostre vie , et monstrer tousjours un mesme visage doux et ferme ^ Le sage est un suffisant artisan, qui fait son proffit de tout ; de toute matière 11 forme la vertu, comme l'excellent peintre Phidias tout simulachre. Quoy qu'il luy vienne ou tombe en main , il y trouve subjet de bien faire ; il regarde d'un mesme vivsage les deux faces différentes de la fortune, ad utros-

^ (c Le courage s^accroU par les blessures ». C'est la fin d'un vers de Furius, cité par Aulu-Gelle. Not Attic. L. XVIII , cap. II.

^ a La mauvaise foi*tune inspire de bons conseils ; dans Tadversité , il est plus facile d'être sage : la prospérité détruit* en nous tout esprit de droiture et de justice ». Sénèque, ép. xcxiv.

7 Tout ceci est pris de Sénèque, ép. Lxxv. '

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