‹ De la sagesse; trois livresChapitre 116 sur 456 · LIVRE I, CHAP. XXXIX. I6l · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XXXIX. I6l

serrés , le payèrent bien cher ; aut conciliandus ma lollendiis hostis ' : le premier de la courtoisie est plus noble , honorable et à choisir, et ne faut venir au second qu'à l'extrémité , et lorsque l'ennemi n'est capable du premier. Par tout ce dessus se monstre Textresme foiblesse humaine au bien et au mal : il ne peust ny faire ny fuyr tout bien et tout mal : et ce bien ou mal qu'il faict ou fuict , ce n'est purement ny entièrement : et ainsi n'est en sa puissance d'estre en tout sens tout bon, ny du tout meschant.

Remarquons encores plusieurs autres effects et tesmoignages de la foiblesse humaine. C'est foiblesse et ' relatifve de n'oser ny pouvoir reprendre autruy, ny estre reprins -, volontiers qui est foible ou courageux en l'un , l'est aussi en l'autre. Or c'est une grande délicatesse se priver ou autruy d'un si grand fruict pour une si légère et superficielle piqueure , qui ne faict que toucher et pinsser l'oreille. A ce pareil est voysin cet autre de ne pouvoir refuser avec raison , ny aussi recevoir et souffrir doucement un refus.

Aux fausses accusations et mauvais soupçons qui courent et se font hors justice , il se trouve double foiblesse : l'une qui est aux intéressés , accusés et soupçonnés , c'est de se justifier et excuser trop facilement, soigneusement, et quasi ambitieusement.

Mendax infamia lerret

Quem , nisi mendosum ' ?

C'est trahir son innocence , mettre sa conscience et son droict en compromis et en arbitrage, que de plaider ainsi , perspicuitas argumenta tione elevatiir^. Socrates en justice mesmes ne le vousist ^ faire ny par soy ny par autruy,

' Il faut ou se concilier son ennemi , ou le détruire. ' C'esi faiblesse, et foiblesse relative.

' Quel est celui qu'une fausse accusation effraie, si ce n'est le coupable? (HOR.) " L'argumentation affoiblit l'évidence. (Cic, de Nalur. Deor., m, 4.) "■ Voulut.

refusant d'employer le beau plaider du grand Lysias , et ayma mieux mourir. L'autre est au cas contraire , c'est quand l'accusé et prévenu ' courageux ne se soucie de s'excuser ou justifier parce qu'il mesprise l'accusation et l'accusant comme indigne de response et justification , et ne se veust faire ce tort d'entrer en telle lice , practiqué par les hommes généreux , par Scipion sur tous plusieurs fois d'une fermeté merveilleuse : lors les autres s'en offensent, ou estimans cela trop grande confidence et orgueil , et se picquans de ce qu'il sent trop son innocence , et ne se desmet pas , ou bien imputans ce silence et mespris à faulte de cueur, delfiance de droict , impuissance de se justifier. O foible humanité! que l'accusé ou soupçonné se deffende, ou ne se deffende, c'est foiblesse et lascheté. Nous lui desirons du courage à ne s'excuser, et quand il l'a, nous sommes foibles à nous en offencer.

Un autre argument de foiblesse est de s'assubjectir el acoquiner à une certaine façon de vivre particulière ; c'est mollesse poltronne , et délicatesse indigne d'un honneste homme , qui nous rend incommodes et désagréables en conversation , et tendres au mal , au cas qu'il faille changer de manière de faire. C'est aussi honte de n'oser ou laisser par impuissance à faire ce que l'on voyt faire à ses compagnons. Il faut que telles gens s'aillent cacher et vivre en leur foyer : la plus belle façon est d'estre souple et ployable à tout, et à l'excez mesmes si besoing est , pouvoir oser et savoir faire toutes choses, et ne faire quç les bonnes. Il faict bon prendre des reigles , mais non s'y asservir.

Il semble appartenir à foiblesse , et estre une grande sottise populaire de courir après les exemples estrangers et scholastiques , après les allégations , ne faire estât que des tesmoignages imprimés , ne croire les hommes , s'ils ne sont en livre , ny vérité si elle n'est vieille. Selon cela les sottises ,

' El celui qui est prévenu (en prévention d'un crime).

Page 1