CHAPITRE XLIII
De la différence et inégalité des hommes en gênerai.
Il n'y a rien en ce bas monde , où il se trouve tant de' différence qu'entre les hommes, et différences si eslongnées en mesme subject et espèce. Si l'on en veust croire Pline , Hérodote , Plutarque , il y a des formes d'hommes , en certains endroits , qui ont fort peu de ressemblance à la nostre : et y en a de métisses et ambiguës entre l'humaine et la brutale '. Il y a des contrées '' où les hommes sont sans teste, portant les yeux et la bouche en la poitrine , où iïs sont androgynes , où ils marchent de quatre pattes , où ils n'ont qu'un œil au front, et la teste plus semblable à celle d'un chien qu'à la nostre , où ils sont moytié poisson par embas , et vivent en l'eau -, où les femmes accouchent à cinq ans et n'en vivent que huit -, où ils ont la teste si dure et le
' Celle des brutes.
' Tout ce paragraphe est pris, presque mot pour mol, de Montaigne (1. 11, c. 12). Mais Montaigne et Cliarron auroient dû dire, au moins, lorsqu'ils citent Pline à l'appui de plusieurs de ces faits, que cet auteur les regarde comme indignes de toute croyance. Homines in lupos verti, rursumque reslilui sibi falsum esse confidenter existimare debemus , aul credere omnia quœ fabulosa lot sœculis comperimus. (Nat. Hist., !. Mil, c. 22.)