LIVRE I, CHAP. L
dont est venu le proverbe , << autant d'ennemis que d'esclaves \ »
Or , comme la religion chrestienne et la mahumetane a creu , le nombre des esclaves a descreu , et la servitude a relasché , d'autant que les chrestiens , et puis , comme à l'envi et comme singes , les mahumetans ont aflfranchy tous ceux qui se sont mis de leur religion : et estoit un moyen pour les y appeller , tellement qu'environ l'an douze cens , il n'y avoit presque plus d'esclaves au monde , sinon où ces deux religions n'avoient point encores d'authorité.
Mais comme le nombre des esclaves a diminué, le nombre des pauvres mendians et vagabonds a creu ; car tant d'esclaves affranchis , sortis de la maison et subjection des seigneurs , n'ayant de quoy vivre et faisant force enfans , le monde a esté rempli de pouvres.
La pouvreté puis après les a faict retourner en servitude et estre esclaves volontaires , jouans , trocquans , vendans eur liberté , affîn d'avoir leur nourriture et vie asseurée , ou mettre leurs enfans à leur aise. Outre cette cause et cette servitude volontaire , le monde est retourné à l'usage des esclaves , parceque les chrestiens et mahumetans , se faisant la guerre sans cesse , et aux payens et gentils orientaux et occidentaux, bien qu'à l'exemple des Juifs, n'ayent point d'esclaves de leur nation , ils en ont des autres nations , lesquelles , encores qu'ils se mettent de leur religion , les retiennent toutesfois esclaves par force.
La puissance et authorité des maistres sur leurs serviteurs , n'est gueres grande ny impérieuse , et ne peust aucunement prejudicier à la liberté des serviteurs -, mais seulement peuvent-ils les chastier et corriger avec discrétion et modération. Elle est encores moindre sur les mercenaires, sur lesquels ils n'ont aucun pouvoir ny correction.
Le debvoir des maistres et serviteurs est liv. m, ch. xv.
' Totidem esse hoslcs quoi servos. (Sénkque, Epist. xlvii.)