‹ De la sagesse; trois livresChapitre 163 sur 456 · LIVRE I, CHAP. LL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. LL

Leur mot lavori est : Quod libet , licet \ Soupçon , jalousie : Siiâpte naturel , potentiœ anxil " : voire jusques à leurs enfiins -, siispcctus semper irwisusque dominantibus quisquis proxirnus destinatur.... adeô ut displiceant etiam cmlia fdiorum ingénia ^ : d'où vient qu'ils sont souvent en allarme et en crainte-, ingénia regum prona ad formidinem •*.

Les advantages des roys et princes souverains pas-dessus le peuple , qui semblent si grands et esclatans , sont en vérité bien légers et quasi imaginaires; mais ils sont bien payés par des grands, vrays et solides desadvantages et incommodités. Le nom et tiltre de souverain , la monstre et le dehors est beau , plaisant et ambitieux ; mais la charge et le dedans est dur , difficile et bien espineux. Il y a de l'honneur , mais peu ou point de repos et de joye : c'est une publique et honorable servitude , une noble misère , une riche captivité , aureœ et fulgidœ compedes, clara miseria ^. Tesmoin ce qu'en ont dict et faict Auguste , Marc Aurele , Pertinax , Diocletian , et la fin qu'ont faict presque tous les douze premiers Césars, et tant d'autres après eux. Mais pource que peu croient cecy , et se laissent décevoir à la belle mine , je veux plus particulièrement

soit permis ce qui n'est pas permis aux autres.... — Celui qui peut trop , veut pouvoir ce qu'il ne peut pas. (SLnèque, Agamemnon , acte ii , se. 2 , V. 271 ; Hippolytus , acte i , se. 2 , v. 214.)

' Ce qui plaît est permis. {Sparlian. Caracalla , vers la fin.)

' Par leur nature , ils sont soupçonneux et jaloux de leur puissance. (Tacite, Annal., 1. iv, c. 12.)

^ Tout proche parent d'un souverain, et qui est destiné à lui succéder, lui est par là même suspect et odieux.... — Et c'est pour cela que les enfants d'un caractère agréable au peuple sont ceux qui leur déplaisent le plus. (Tacite, Hist., 1. i, c. 21; Annal., 1. ii , c. 82.)

' Les esprits des rois sont très portés à la crainte. (Tacite, Hislor., I. IV, c. 83.)

"" Chaînes dorées et brillantes, illustre misère.

cotter les incommodités et misères qui accompagnent les souverains.

Premièrement la difficulté grande de bien jouer leur rooUe , et s'acquitter de leur charge , car que doibt-ce estre que de reigler tant de gens , puis qu'à reigler soy-mesme il y a tant de difficultés? Il est bien plus aisé et plus plaisant de suyvre que de guider , n'avoir à tenir qu'une voye toute tracée que la tracer , à obéir qu'à commander , et respondre de soy seul que des autres encores :

Ut satiùs multô jam sit parère quietum , Quàm regere imperio res velle '....

Joinct qu'il semble requis que celuy qui commande soit meilleur que ceux à qui il commande , ce disoit un grand commandeur, Cyrus. Cette difficulté se monstre par la rareté, tant peu sont tels qu'ils doibvent estre. Vespasien a esté seul , dict Tacite , de ses prédécesseurs qui s'est rendu meilleur '; et selon le dire d'un ancien, tous les bons princes se pourroient bien graver en un anneau ^

Secondement aux voluptés et plaisirs dont on pense qu'ils ont bien meilleure part que les autres. Ils y sont certes de pire condition que les privés ^ ; car, outre que ce lustre de grandeur les incommode à la jouyssance de leurs plaisirs, à cause qu'ils sont trop esclairés , et trop en butte et en eschec , ils sont contreroollés , et espiés jusques à leurs pensées que l'on veust deviner et juger. Encores la grande aisance et facilité de faire ce qu'il leur plaist , tellement que tout ployé soubs eux , oste le goust et l'aigre douce poincte qui doibt estre aux plaisirs ^ lesquels ne resjouyssent que

' De manière qu'il vaut bien mieux obéir tranquillement que de vouloir gouverner. (Lucret., 1. v, v. 112G.)

' Solus omnium ante se principum, in melius mulatus est. (Tacite, Hislor., 1. I, c. 50.)

' In uno annula bonos principes posse prescribi atque depingi ( Vopiscus, in Axireliano , c. xlii.)

* Passage pris dans iMontaigne , 1. i , c. 42.

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