CHAPITRE LIV
Peuple ou vulgaire.
Le peuple (nous entendons icy le vulgaire, la tourbe et lie populaire, gens , soubs quelque couvert que ce soit, de basse , servile et mechanique condition) est une beste estrange à plusieurs testes , et qui ne se peust bien descrire en peu de mots , inconstant et variable , sans arrest , non plus que les vagues de la mer-, il s'esmeut, il s'accoyse , il approuve et reprouve en un instant mesme chose -, il n'y a rien plus aisé que le pousser en telle passion que l'on veust; il n'ayme la guerre pour sa fin , ny la paix pour le repos , sinon en tant que de l'un à l'autre il y a tousjours du changement : la confusion luy faict désirer l'ordre , et quand il y est, luy desplaist. Il court tousjours d'un contraire à l'autre , de tous les temps le seul futur le repaist : hi vulgi mores , odisse prœsentia , ventura cupere , prœterila celebrare ^
Léger à croire, recueillir et ramasser toutes nouvelles, sur-tout les fascheuses, tenant tous rapports pour véritables et asseurés : avec un sifflet ou sonnette de nouveauté, l'on rassemble comme les mouches au son du bassin.
Sans jugement, raison, discrétion : son jugement et sa
■ Haïr le présent , désirer l'avenir, vanter le passé , tel est le caractère Ju peuple. — Poyez Salluste , Catilin. xxxvu: