‹ De la sagesse; trois livresChapitre 170 sur 456 · LIVRE 1, CHAP. LIV · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. LIV

sagesse, trois dez et l'adventure ; il juge brusquement et à l'estourdie de toutes choses , et tout par opinion , ou par coustume , ou par plus grand nombre , allant à la iile comme les moutons qui courent après ceux qui vont devant , et non par raison et vérité. Plcbi non judicium , non icritas : — ex opinione milita , ex verilate paiica iudicat \

Envieux et malicieux , ennemy des gens de bien , contempteur de vertu , regardant de mauvais œil le bonheur d'autruy , favorisant au plus fbible et au plus meschant , et voulant mal aux gens d'honneur , sans sçavoir pourquoy , sinon pource que sont gens d'honneur , et que l'on en parle fort et en bien '.

Peu loyal et véritable, amplifiant le bruict, enchérissant sur la vérité , et faisant tousjours les choses plus grandes qu'elles ne sont , sans foy ny tenue. La foy d'un peuple , et la pensée d'un enfant , sont de mesme durée , qui change non seulement selon que les interests changent , mais aussi selon la difTerence des bruicts que chasque heure du jour peust apporter ^.

Mutin , ne demandant que nouveauté et remuement \ séditieux , ennemy de paix et de repos : ingenio mobili , seditiosuTn , discordiosum , cupidiini rerwn novariun ,.

■ Ni la raison ni la vérité ne sont rien sur le peuple {plebs). — Il prononce le plus souvent d'après ses préjugés, rarement d'après une véritable conviction. — f^oyez Tacite, Hist., 1. i, c. 32; Cicéron , pro Roscio, n° 39.

" Ployez, dans Cornélius Nepos et dans Plutarque, la P^ie d' Arislide.

" Rien ne peint mieux le caractère du peuple, que ces vers de Ju vénal :

Sed qiiid

Turba Rémi ? — Sequitur fortiinam , ut somper, H odii Damnatos. Idem populus, si Aurlia Tiisco Favisset, si oppressa foret secura seneetus Principis , liac ipsà .Spjanum diceret liorà Augustum

•frvÉKAi, , iof. X , V. 73.

quLeti et otio adversum ' , sur-tout quand il rencontre un chef : car lors ne plus ne moins que la mer , bonace de nature , ronfle , escume et faict rage agitée de la fureur des vents -, ainsi le peuple s'enfle , se hausse et se rend indomptable : ostez-luy les chefs , le voilà abattu , effarouché , et demeure tout planté d'effroy , sine redore prœceps , pavidus , socors : nil ausura plebs principibus amotis '.

Soustient et favorise les brouillons et remueurs de mesnage , il estime modestie poltronnerie , prudence lourdise , au contraire , il donne à l'impétuosité bouillante le nom de valeur et de force : préfère ceux qui ont la teste chaude et les mains frétillantes , à ceux qui ont le sens rassis , qui poisent les affaires , les vanteurs et babillards aux simples et retenus.

Ne se soucie du public ny de l'honneste , mais seulement du particulier , et se picque sordidement pour le profit : privata cuique stimidatio , vile decus publicum ^

Tousjours gronde et murmure contre Testât, tout bouffi de mesdisance et propos insolens contre ceux qui gouvernent et commandent. Les petits et pouvres n'ont autre plaisir que de mesdire des grands et des riches , non avec raison , mais par envie , ne sont jamais contens de leurs gouverneurs et de Testât présent.

Mais il n'a que le bec , langues qui ne cessent , esprits qui ne bougent , monstre duquel toutes les parties ne sont que langues , qui de tout parle et rien ne sçait , qui tout regarde et rien ne voit , qui rit de tout et de tout pleure, prest

' D'un esprit mobile, séditieux, querelleur, partisan de toutes nouveautés , ennemi du repos et de la paix. (Salluste, Bell. Jugurth., lxvi.)

' Lorsqu'il n'a personne qui le dirige , il reste irrésolu , timide , inactif. — Otez les chefc- au peuple, il n'osera rien. (Tacite, Hist., 1. iv, c. 37; Annal., 1. i, c. 55.)

' L'intérêt particulier est son mobile ; l'intérêt public est nul pour lui. (Tacite, Hist.,\. i, c. 90.)

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