‹ De la sagesse; trois livresChapitre 191 sur 456 · LIVRE 11, PKEFACE · texte numérisé non relu

LIVRE 11, PKEFACE

choses , et avec tant d'artifice , que l'on ne les apperçoit quasi pas. Ils ne parlent pas sec , distinctement , clairement et acertés • , mais ambiguëment comme oracles *. Je viens après eux et au dessoubs d'eux : mais je dis de bonne foy ce que j'en pense , et en croy clairement et nettement. Je donne icy une peincture et des leçons de sagesse , qui sembleront peust-estre à aucuns nouvelles et estranges , et que personne n'a encores donné ni traitté de cette façon, et ne double pas que les malicieux, gens qui n'ont la patience ny la force de juger doucement et meurement des choses , mais detroussement % condamnent tout ce qui n'est de leur goust et de ce qu'ils ont desja receu, n'y mordent. Et qui en peust estre asseuré? Mais je me iie que les simples et débonnaires, et les œtheriens et sublimes en jugeront equitablement. Ce sont les deux bouts et estages de paix et sérénité. Au milieu sont tous les troubles, tempestes et les météores , comme a esté dict K

Pour avoir une rude et générale cognoissance de ce qui est traicté en ce livre , et de toute la doctrine de sagesse , nous pourrons partir 4 cette matière en quatre poincts ou considérations ; la première est des préparatifs à la sagesse, qui sont deux : l'un est exemption et affranchissement de tout ce qui peust empescher de parvenir à elle, qui sont ou externes, erreurs et vices du monde ^ ou internes, les passions : l'autre est une pleine , entière et universelle liberté d'esprit. Ces deux premiers et les plus difficiles rendent l'homme capable et propre à la sagesse, car ils vuident et nettoyent la place , afTin qu'elle soit plus ample et capable à recevoir une grande chose, qui est la sagesse : magna et

' Et avec assurance.

' Ployez la rarianle XXIII, à la fin du volume. ' Comme un détrousseur, un voleur do grand chemin , c'est-à-dire sans délai ni réflexion.

' Liv. 1, chap. 63.

^ Partager. — Partir, du latin parliri.

spaliosa res est sapientia , vacuo illi loco opus est ,

supervacua ex animo tollenda sunt ' , et c'est le premier : puis la rendent ouverte, libre et toute preste à la recevoir, c'est le second.

La seconde est des fondemens de sagesse , qui sont aussi deux , vraye et essentielle preud'hommie , et avoir un certain but et train de vie. Ces deux regardent nature , nous règlent et accommodent à elle : le premier à l'universelle , qui est la raison , car preud'hommie n'est autre chose , comme se dira : le second à la particulière d'un chascun de nous , car c'est le choix du genre de vie propre et commode au naturel d'un chascun.

La troisiesme est de la levée de ce bastiment , c'est-à-dire des offices et fonctions de sagesse, qui sont six, dont les trois premiers sont principalement pour chascun en soy , qui sont pieté, règlement interne de ses désirs et pensées, et doux comportement en tous accidens de prospérité et d'adversité : les autres trois regardent autruy, qui sont l'observation telle qu'il ftmt , des loix , coustumes et cérémonies , conversation douce avec autruy , et prudence en tous affaires. Ces six respondent et comprennent les quatre vertus morales , les premier , quatriesme et cinquiesme proprement appartiennent à la justice, à ce que debvons à Dieu et au prochain : le second et troisiesme à la force et tempérance : le sixiesme proprement à la prudence. Et pource ces six sont la matière et le subject du troisiesme livre, qui traicte au long les quatre vertus morales, et en particulier les offices et debvoirs du sage ; mais en ce livre ils sont traictés en gênerai.

La quatriesme est des effects et fruicts de sagesse, qui sont deux , se tenir prest k la mort , et se maintenir en vraye tranquillité d'esprit, la couronne de sagesse et le souverain

■ La sagesse est une chose d'une grande étendue ; elle ne peut se loger nue dans un lieu entièrement vide. —Pour la recevoir, il faut débarrassci son esprit de tout ce qu'il peut contenir de superflu. (Sén., Ep. lxxxviii.)

LIVIIE 11 , PRKFACK. 27.S

bien. Ce sont en tout douze règles et leçons de sagesse en autant de chapitres, qui sont les propres et peculiers traicts et oflîces du sage , qui ne se trouvent point ailleurs. J'entens au sens que nous le prenons et descrivons icy -, car encores qu'aucunes d'icelles , comme la preud'hommie, l'observation des loix, semblent se trouver en autres du commun et prophanes , mais non telles que nous les dépeignons et requérons icy. Celuy est donc sage lequel se maintenant vrayement libre, franc et noble, se conduict en toutes choses selon nature, accommodant la sienne propre et particulière à l'universelle, qui est Dieu, vivant et se portant devant Dieu , avec tous et en tous affaires , droit , ferme , joyeux , content et asseuré , attendant de mesme pied toutes choses qui peuvent advenir , et la mort la dernière.

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