‹ De la sagesse; trois livresChapitre 205 sur 456 · LIVKE II, CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVKE II, CHAP. II

lies. " Les prestres égyptiens dirent à Hérodote que depuis leur premier roy (dont y avoit plus d'onze mille ans, duquel et de tous les suyvans, luy firent voir les effigies en statues tirées au vif) le soleil avoit changé quatre fois de route. Les C'.haldéens du temps de Diodore (comme il dict), et Ciceron, tenoyent registre de quatre cens mille tant d'ans. Platon dict que ceux de la ville de Sais avoient des mémoires par escrit de huit mille ans , et que la ville d'Athènes fut bastie mille ans avant ladite ville de Sais. Aristote , Pline , et autres ont dict que Zoroastre vivoit six mille ans avant l'aage de Platon. Aucuns ont dict que le monde est de toute éternité, mortel et renaissant à plusieurs vicissitudes : d'autres et les plus nobles philosophes ont tenu le monde pour un Dieu , faict par un autre Dieu plus grand , ou bien comme Platon asseure, et autres argumentent par ses mouvemens, que c'est un animal composé de corps et d'esprit, lequel esprit logeant en son centre s'espand par nombres de musique en sa circonférence, et ses pièces aussi, le ciel, les estoilles composées de corps et d'ame, mortelles à cause de leur composition , immortelles par la détermination du Créateur. Platon dit que le monde change de visage en tous sens ; que le ciel , les estoilles , le soleil , changent et renversent parfois leur mouvement , tellement que le devant vient derrière. L'orient se faict occident; et selon l'opinion ancienne fort authentique, et des plus fameux esprits, digne de la grandeur de Dieu , et bien fondée en raison , il y a plusieurs mondes , d'autant qu'il n'y a rien un et seul en ce monde , toutes espèces sont multipHées en nombre , par où semble n'estre pas vray semblable que Dieu aye faict ce seul ouvrage sans compagnon , et que tout soit espuisé en cet individu ; au moins la théologie dict bien que Dieu en peust faire plusieurs et infinis , car s'il n'en pouvoit faire plus que cettuy visible , sa puissance seroit finie , car ce

' Ce qui suit est copié presque mot à mot de Montaigne, 1. ii , c. 12.

monde est finy. Ce que nous avons apprins de la descouverte du monde nouveau , Indes orientales et occidentales , par où nous voyons premièrement que tous les anciens se sont mescontés , pensans avoir trouvé la mesure de la terre habitable , et comprins toute la cosmographie , sauf quelques isles escartées, mescroyans les antipodes : car voylà un monde à peu près comme le nostre , tout en terre ferme , habité, peuplé , policé, distingué par royaumes et empires, garni de villes qui surpassent en beauté , grandeur , opulence , toutes celles qui sont en Asie , Aphrique , Europe , il y a plusieurs milliers d'années : et qui doute que d'icy à quelque temps il ne s'en descouvre encores d'autres ? Si Ptolomée et les anciens se sont trompés autrefois , pourquoy ne se peust tromper encores celuy qui diroit que maintenant tout est descouvert et trouvé? Je m'en voudroy bien fier en luy.

Secondement que les zones que l'on pensoit ignoramment inhabitables à cause du chaud et froid excessif, sont très habitées.

Tiercement qu'en ces nouvelles terres , presque toutes les choses que nous estimons icy tant , et les tenons-nous avoir esté premièrement révélées et envoyées du ciel , estoient en créance et observance commune " ( d'où qu'elles soient venues je ne touche point là 5 qui en ose déterminer ? ) plusieurs mille ans auparavant qu'en eussions ouy les premières nouvelles , soit au faict de religion , comme la créance d'un seul premier homme père de tous , du deluge universel , d'un Dieu qui vesquit autrefois en homme vierge et saint, du jour du jugement, du purgatoire, résurrection des morts , observation des jeusnes , caresmes , célibat des prestres , ornemens d'église , surplis , mittre , eau beniste , adoration de la croix , circoncision pareille à la juifve et mahumetane. Au fait de la police , comme

' /^^ot/e^ Montaigne , 1. ii, c. 12.

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