LIVRE II, CHAP. N
plénitude de tous biens , auquel rien ne peust estre adjousté, Gloria in excelsis Deo, et in tcrrâ pax hominibus '.
Suyvant ce dessus =* nostre instruction à la pieté , est premièrement d'apprendre à cognoistre Dieu : car de la ccgnoissance des choses procède l'honneur que nous leur portons. Il faut donc premièrement que nous croyons qu'il est , qu'il a créé le monde par sa puissance, bonté, sagesse, que par elle-mesme il le gouverne ; que sa providence veille sur toutes choses, voire les plus petites ^ ; que tout ce qu'il nous envoyé est pour nostre bien , et que nostre mal ne vient que de nous. Si nous estimions maux les fortunes qu'il nous envoyé, nous blasphémerions contre luy, pource que naturellement nous honorons qui bien nous fait , et hayssons qui nous fait mal. Il nous faut donc résoudre de lui obéir et prendre en gré tout ce qui vient de sa main, nous commettre et soubsmettre à luy.
Il faut puis après l'honorer-, la plus belle et sainte façon de ce faire, est premièrement de lever ^ nos esprits de toute charnelle , terrienne et corruptible imagination ; et par les plus chastes , hautes et saintes conceptions , nous exercer en la contemplation de la Divinité : et après que nous l'aurons orné de tous les noms et louanges les plus magnifiques et excellens que nostre esprit se peust imaginer, nous recognoissions que nous ne luy avons encores rien présenté digne de luy : mais que la faute est en nostre impuissance et foiblesse, qui ne peust rien concevoir de plus haut; Dieu est le dernier effort de nostre imagination vers la perfec-
' Gloire à Diea dans les cieux , et paix aux hommes sur la terre. (S. Lcc, c. II, V. 14.)
* Suivant ce qui est dit ci-dessus.
^ f^oyez SÉNÈQLE, Epist.-&c\. /^oyez aussi Cicéron , de Legibus, 1. ii, c. 7; et Epictète, Enchirid., art. 38, et surtout art. 42, d'où toute la suite de ce paragraphe paroît avoir été prise.
* De débarrasser ; du latin levare, soulager.
tion , chacun en amplifiant l'idée suivant sa capacité ' , et pour mieux dire , Dieu est infiniment par-dessus tous nos derniers et plus hauts efforts et imaginations de perfection. Il faut après le servir de cueur et d'esprit , c'est le service qui respond à son naturel : Deus spiritus est :
Si Deus est animus
Sit tibi purâ mente colendus ' :
c'est celuy qu'il demande , et qui luy agrée : pater taies quœrit adoratores ^ : l'offrande plaisante à sa majesté , c'est un cueur net , franc et humilié : Sacrificium Deo spiritus ^. Une ame et une vie innocente : optimus animus , pulcherrimus Dei cultus ^ ; religiosissimus cultus imi~ tari ^ : unicus Dei cultus non esse malum ' ; l'homme sage est un vray sacrificateur du grand Dieu , son esprit est son temple ** , son ame en est son image , ses affections sont les offrandes, son plus grand et solennel sacrifice, c'est l'imiter, le servir et l'implorer * : c'est au grand à donner, et au petite demander, heatius dare quàm accipere 9.
Ne faut toutesfois mespriser et desdaigner le service extérieur et public , auquel il se faut trouver , et assister avec
' Ce dernier membre de phrase est de Montaigne, 1. ii, c. 12.
' Dieu est un esprit.... Puisqu'il est un esprit, tu ne peux lui rendre hommage qu'avec un cœur pur. C'est le premier distique des vers attribués à Caton.
^ Ce sont là Içs seuls adorateurs que Dieu veut avoir. (S. Jean, c. iv, V. 23.)
< C'est l'esprit qu'il faut offrir à Dieu en sacrifice. {Psanm. t, v. 1.)
' Un excellent cœur, voilà pour Dieu le plus agréable hommage. (Sén.)
* La meilleure manière de l'adorer est de l'imiter. (Lactance, 1. v, c. 10, in fine.)
' L'unique culte que Dieu demande , c'est que l'on s'abstienne du mal. ( Merc. Trimég.)
* Ejus est altare cor nostrum. (S. Augustin, de Civ. Dei, 1. x, c. 4.)
* ployez la f^arianle XXXVI, à la fin du volume.
9 II est plus doux de donner que de recevoir. {Ad. Apost., c. xx, v. 35.)