LIVRE II, CHAP. VII
à la tempeste : c'est trop tard s'apprester , quand le mal est advenu '. A tout ce quoy nous sommes préparés de longue main , nous nous trouvons admirables , quelque diftîculté qu'il y aye. Au contraire il n'y a chose si aysée , qui ne nous empesche , si nous y sommes nouveaux. Id videndum ne quid inopinatum sit nobis , quia onmia novitate graviora sunt''. Certes il semble bien qui si nous sommes aussi prevoyans que nous debvons et pouvons estre , nous ne nous estonnerons de rien. Ce que vous avez prévu , vous arrive, pourquoy vous en estonnez-vous? Faisons donc que les choses ne nous surprennent point; tenons-nous en garde contre elles , regardons-les venir. Animus adversux omnia firmandus ^, ut dicere possimus :
, Non ulla laborum ,
G virgo, nova mi faciès, inopinave surgit ■ Omnia percepi atque animo mecum ipse peregi <.
Tu hodiè ista denuntiasj ego semper denuntiavi mihi: hominem paravi ad humana ^.
' Sera animus ad periculorum patientiam , post periciila , instruitur. (SÉNÈQUE, de Tranquillit. animi, c. xi.)
' Tâchons qu'il ne nous arrive rien d'inopiné, car les accidents deviennent plus graves par leur nouveauté même.
' Il faut donc raffermir d'avance notre ame contre tout ce qui peut arriver. ( Sénèque, jCpist. cvii. )
* Afln que nous puissions dire : Il n'est point de dangers dont l'aspect me paroisse nouveau, et qui puisse me surprendre. Je les ai tous prévus, et depuis long-temps j'ai préparé mon ame à les braver. ( Virg., Enéide, 1. VI, V. 103.)
' Ce n'est que d'aujourd'hui que tu me les annonces : moi, je me les étois toujours annoncés. Homme, je me suis préparé à tout ce qui peut arriver aux hommes. (Sénèque, Epist. lxxvi.)