‹ De la sagesse; trois livresChapitre 274 sur 456 · LIVRE II, CHAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. XI

pesantissenient est plus douce et plus molle : entre les violentes , la meilleure est la plus courte et la moins préméditée. Aucuns désirent faire une mort exemplaire et démonstrative de constance et suffisance, c'est considérer autruy et chercher encores lors réputation : mais c'est vanité, car cecy n'est pas acte de société , mais d'un seul personnage : il y a assez d'affaires chez soi 5 au dedans se consoler, sans considérer autruy, et puis lors cesse tout interest à la réputation. Celle est la meilleure mort qui est bien recueillie en soy, quiète , solitaire , et toute à celuy qui est à mesme. Cette grande assistance des parens et amis apporte mille incommodités, presse et estouffe le mourant: on luy tourmente l'un les oreilles, l'autre les yeux , l'autre la bouche ; les cris et les plainctes, si elles sont vrayes, serrent le cueur^ si feintes et masquées, font despit. Plusieurs grands personnages ont cherché de mourir loin des leurs pour éviter cette incommodité • : c'est aussi une puérile et sotte humeur vouloir esmouvoir par ces mots dueil et compassion en ses amis; nous louons la fermeté à souffrir la mauvaise fortune, nous accusons et haïssons celle de nos proches : quand c'est la nostre , ce ne nous est pas assez qu'ils s'en ressentent , mais encores qu'ils s'en affligent : un sage malade se doibt contenter d'une contenance rassise des assistans.

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