DE LA PRUDENCE POLITIQUE DU SOUVERAIN POUR GOUVERNER ESTATS
Préface.
Cette doctrine est pour les souverains et gouverneurs d'estats. Elle est vague , infinie , difficile , et quasi impossi-
' Ces sages sont: Hésiode, Cicéron, Tite-Live. Charron a traduit ce que ditlite-Live, à ce sujet (l. xxii, c. 29), dans les phrases placées ici entre guillemets.
' Chap. X.
ble de ranger en ordre , clorre et prescrire en préceptes : mais il faudra tascher d'y apporter quelque petite lumière et adresse. Nous pouvons rapporter toute cette doctrine à deux chefs principaux , qui seront les deux debvoirs du souverain. L'un comprend et traicte les appuis et soustiens de Testât , pièces principales et essentielles du gouvernement public, comme les os et les nerfs de ce grand corps, affîn que le souverain s'en pourvoye et munisse, et son estât -, lesquels peuvent estre sept capitaux : 1 . cognoissance de restat,vertu, mœurs et façons , conseils , finances , forces et armes , alliances. Les trois premiers sont en la personne du souverain , le quatriesme en luy et près de luy ; les trois derniers hors de luy. L'autre est à agir , bien employer et faire valoir les susdicts moyens , c'est-à-dire en gros , et en un mot bien gouverner et se maintenir en authorité et bienveillance, tant des subjects que des estrangers : mais distinctement : cette partie est double , pacifique et militaire. Voilà sommairement et grossièrement la besongne taillée , et les premiers grands traicts tirés , qui sont à traicter cy-après. Nous diviserons donc cette matière poUtique et d'estat en deux parties. La première sera de la provision , sçavoir des sept choses nécessaires. La seconde , et qui présuppose la première , sera de l'action du souverain. Cette matière est excellemment traictée par Lipsius à la manière qu'il a voulu : la moelle de son livre est icy. Je n'ay point prins ny du tout suyvi sa méthode ny son ordre , comme desja se voit icy en cette générale division , et se verra encores après : j'en ay laissé aussi du sien , et en ay adjousté d'ailleurs.