‹ De la sagesse; trois livresChapitre 29 sur 456 · CHAPITRE YHT · texte numérisé non relu

CHAPITRE YHT

De l'ame en gênerai.

* VoicY une matière difficile sur toutes , traittée et agitée par les plus sçavans et sages de toutes nations, spécialement Egyptiens, Grecs , Arabes et Latins, par ces derniers plus } maigrement , comme toute la philosophie, mais avec grande diversité d'opinions , selon les diverses nations, religions , professions , sans accord ny resolution certaine. La générale cognoissance et dispute d'icelle se peut rapporter à ces dix points : Définition , essence ou nature , facultés et actions , unité ou pluralité , origine , entrée au corps , résidence en iceluy, siège, suflllsance à exercer ses fonctions, sa fin et séparation du corps.

Il est premièrement très difficile de définir et bien dire au vray que c'est que l'ame, comme généralement toutes formes , d'autant que ce sont choses relatives , qui ne subsis- i tent point d'elles-mesmes , mais sont parties d'un tout, c'est pourquoy il y a une telle et si grande diversité de définitions d'icelle , desquelles n'y en a aucune receue sans contredit : Aristote en a refusé douze qui estoient devant luy , et n'a peu bien establir la sienne.

Il est bien aisé à dire ce que ce n'est pas : que ce n'est pas feu, air, eau, ny le tempérament des quatre elemens ou qualités, ou humeurs, lequel est tousjours muable, sans lequel l'animal est et vit : et puis c'est accident, et l'ame est substance : item les minéraux et les choses inanimées ont bien un tempérament des quatre elemens et qualités premières. Ny sang (car il y a plusieurs choses animées et vivantes sans sang, et plusieurs animaux meurent sans perdre goutte de sang). Ny principe ou cause de mouvement (car plusieurs choses inanimées meuvent, comme la pierre d'ay-

' f^oyez la f^'arianle f'I , à la fin du volume.

mant meut le fer j l'ambre , la paille ^ les medicamens , les racines des arbres coupées et sèches tirent et meuvent). N^ l'acte, ou vie , ou énergie , ou perfection (car ce mot d'Entelechie ' est diversement tourné et interprété) du corps vivant : car tout cela est l'effect et l'action de l'ame, et non Famé , comme le vivre , le voyr, l'entendre est l'action de l'ame 5 et puis il s'ensuivroit que l'ame seroit accident et non substance ; et ne pourroit estre sans ce corps , duquel elle est acte et perfection -, non plus que le couvercle d'une maison ne peust estre sans icelle , et un relatif sans corrélatif : bref, c'est dire ce qu'elle faict et est à autruy, non ce qu'elle est en soy.

Mais de dire ce que c'est , il est très mal aisé : l'on peust • bien dire tout simplement que c'est une forme essentielle vivifiante , qui donne à la plante vie végétative -, à la beste , vie sensitive , laquelle comprend la végétative -, à l'homme , vie intellective , qui comprend les deux autres , comme aux nombres , le plus grand contient les moindres -, et aux figures , le pentagone contient le tetragone , et cestuy-cy le trigone. J'ay dit l'intellective plus tost que la raisonnable , qui est comprise en l'intellective, comme le moindre au ^ plus grand : car la raisonnable, en quelque sens et mesure, .. ? selon tous les plus grands philosophes , et l'expérience , se trouve aux bestes, mais non l'intellective qui est plus haute. Sicut equus et mulus, in quibus non est intellectus''. L'ame donc est non le principe ^ ce mot ne convient proprement qu'à l'autheur souverain premier 5 mais cause interne de vie , mouvement , sentiment , entendement. Elle meut le corps , et n'est point meue ; ainsi qu'au contraire le corps est meu , et ne meut point : elle meut , dis-je , le corps , et non soy-mesme -, car rien ne se meut soy-mesme que Dieu , et tout ce qui se meut soy-mesme est éternel,

' 'EvTixix''''-^ signifie, en effet, perfeclion, acte parfait. '"■ Comme le cheval et le mulet, qui n'ont point d'intelligence, [Ps. XXXI, 9.)

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