‹ De la sagesse; trois livresChapitre 3 sur 456 · A MONSEIGNEVR · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEVR

LE DVC D'ESPERNON',

TAIR tT lOLOMNEL I>K L l.NFANTEKIE DE FRANCE.

Mon

SEIGXEVR,

Tous sont d'accord , que les deux plus grandes choses qui tiennent plus du ciel , et sont plus en lustre , comme lés deux maistresses du monde , sont LA VERTV ET LA BONXE FORTV.NE ;, LA SAGESSE ET LE BOIS'HEVR. De leur preferance il y a de la dispute ; chascune a son pris, sa dignité , son excellence. A LA VERTV ET SAGESSE comme plus laborieuse , suante , et hazardeuse , est deiie

' Jean-Louis de Nogaret , de la Valelle , duc d'Epernon , l'un des favoris de Henri iii, né en l3S4 , mort en 1642.

Yiii ÉPITRE

par precipu V estime, la recompense : A l'hevr ET BONNE FORTVNE , comm,e plus haute et diuine, est deiie proprem,ent l'admiration et l'adoration. Ceste cy par son esclat touche et rauit plus les simples et populaires ,• celle là est mieux apperceuë etrecognuë des gens de jugement. Rarem.ent se trouuent elles ensemble en mesme subject , au m,oins en pareil degré , et rang , estant toutes deux si grandes , quelles ne peuuent s'approcher et mesler sans quelque jalousie et contestation de la primauté. Vvne n'a point son lustre, et ne peut bien trouuer son jour en la présence de l'autre : mais venans à s'entre bien entendre et vnir, il en sort une harm,onie très mélodieuse, c'est la perfection. De cecy "vous estes, monseignevr, un exemple très riche et des plus illustres, qui soit apparu en nostre France, il y a fon long temps. La BONNE FORTVNE ET LA sagesse ^e sont tousiours tenues par la main, et conjointement se sontfait valoir sur le théâtre de vostre vie. Vostre BONNE FORTVNE a estonné et transy tous par sa lueur et splendeur; VOSTRE SAGESSE est recognue et admirée par tous les mieux sensez et judicieux. C'est elle qui a bien sceu mesnager et maintenir ce que la BONNE FORTVNE vous a mis en main. Par elle vous auez sceu non seulement bien remplir, conduire et releuer la bonne fortune ;, mais vous vous Vestes bastie et fabriquée , selon qu'il est dict , que le Sage est artisan de sa fortune ,• vous Vauez attirée , saisie , et comme attachée et obligée à vous. le scay auec tous, que le zèle et la deuotion à la vraye religion , la vaillance et suffisance militaire , la dextérité et

DÉDICATOIRE. ix

bonne conduicte en toutes affaires, i>ous ont acquis l'amour et Festime de nos Rois, la bien-veillatice des peuples , et la gloire partout. Mais j'ose et veux dire que c'est vostre Sagesse qui a la meilleur'e part en tout cela , qui couronne et parfaict toutes choses. C'est pour quoi justement et très à propos, ce Hure de Sagesse vous est dédié et consacré, car au Sage la Sagesse. Postre nom mis icy au front est le vray titre et sommaire de ce Hure : c'est une belle et douce harmonie, que du modèle oculaire auec le discours verbal , de la practique auec la théorique. S'il est permis de parler de moy,je diray confidemment, MONSEIGINEVR, auec vostre permission , que du premier jour que j'eus ce bien de vous voir et considérer seulement des yeux , ce que je fis fort attentiuement , ayant auparauant la teste pleine du bruit de vostre nom, je Jus touché dune inclination , et despuis ay tousiours porté en mon cœur une entière affection et désir à vostre bien , grandeur et prospérité. Mais estant de ceux qui n'ont que les désirs en leur pouuoir, et les mains trop courtes pour venir aux ejfects , je Vay voulu dire au monde, et la publier par cest offre que je vous fais très humblement , certes de très riche estoffe , car qu'y a-il de plus grand en vous au monde, que la Sagesse ? Mais qui meriteroit d'estre plus elabouré et releué pour vous estre présenté. Ce qui pourra estre auec le tems qui afine et recuit toutes choses : et de vray voici un subject infini , auquel l'on peut adjouster tousjours : mais tel qu'il est je me fie qu'il sera humainement receii de vous , et peut estre employé à la lecture de Messei-

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