LIVRE III, CHAP. III
Venons à l'action militaire du tout nécessaire à la tuition • et défense du prince , des subjects et de tout Testât , traictons-la briefvement. Toute cette matière revient à trois chefs , entreprendre , faire , finir la guerre. A l'entreprinse faut deux choses , justice et prudence , et fuir du tout les contraires , l'injustice et la témérité. 11 faut premièrement que la guerre soit juste : la justice doibt marcher devant la vaillance , comme le délibérer va devant l'exécuter. Il faut abominer ces propos , que le droict est en la force , que l'issue en décidera , que le plus fort l'emportera. Il faut regarder à la cause , au fonds et au mérite , et non à l'issue : la guerre a ses droicts et loix , comme la paix ' . Dieu favorise les justes guerres , donne les victoires à qui il lui plaist , et s'en faut rendre capable , premièrement par la juste entreprinse. Il ne faut donc pas pour toute cause ou occasion commencer la guerre , non ex omni occasione quœrere triumphum'^. Et se bien garder que l'ambition , l'avarice , la cholere ne nous y fourrent : qui sont toutes fois à vray dire les plus ordinaires motifs de guerres : iina et ea velus causa belkmdi estprofunda cupido imperii et dmtiarum ; — maximam gloriam in maximo imperio putant ^.
Rupere fœdus impius lucri furor, Et ira praeceps. ''
Pour rendre la guerre de tous poincts juste, il faut trois
choses , 1 . qu'elle soit indicte ^ et entreprinse par celui qui
peust , qui est le seul souverain.
' A la conservation , à la garde ; du latin luilio.
' Sunl et belli, siculpacis jura. (Tite-Live, I. v, c. 27.)
' Ne pas chercher toutes les occasions de triompher. (Pline, Paneg.,
c. XVI. )
^ La seule et ancienne cause des guerres, c'est une violente passion pour le commandement et pour les richesses; — ils mesurent leur gloire à l'étendue de leur empire. (Salluste, in fragment., et in Bellum Calil., c. XI.)
' C'est l'ardeur impie du gain et l'aveugle colère qui rompent les traités. (SÉNÈQUE, Hippolyt., acte ii, v. 538.)
* Déclarée, Cia\3iVmindiclus . t
2. Pour cause juste , telle est absolument la défensive justifiée par toute raison aux sages , par nécessité aux barbares , par la coustume à toutes gens , par la nature aux bestes : défensive, dis-je de soy, où je comprens sa vie, sa liberté, ses parens et sa patrie : de ses alliés et confédérés , c'est pour la foy donnée, pour les injustement oppressés : qui non défendit, nec obsistit, si potes t, injuriœ, tàm est in vitio, quàm si par entes, autpatriam, aut socios deserat '. Ces trois chefs de défense sont comprins en la justice par sainct Ambroise , fortitudo quœ per bella tuetur à barbaris patriam, vel défendit infirmos, vel à latronibus socios, plena justitiœ est \ Un autre plus court la met en deux , foy et salut , nullum bellum à civitate optimâ suscipitur, nisi aut pro fide aut pro salute \ et l'offensive avec deux conditions : qu'il y aye eu offense précédente , comme outrage ou usurpation , et après avoir redemandé clairement par héraut exprès ce qui a esté prins {post clarigatum^) et recherché la voye de la justice, qui doibt tousjours aller la première. Car si l'on y veust entendre , et se soubmettre à la raison , faut s'arrester : sinon le dernier et par ainsi nécessaire est juste et permis , justum bellum, quibus necessarium-, pia arma quibus nulla nisi in armis relinquitur spes ^.
' Celui qui ne s'oppose pas, quand il le peut, à l'injustice, est aussi condamnable que s'il abandonnoit ses amis, ses parents , sa patrie. (Cick- RON , de Offic, 1. I , c. 7. )
' C'est une action pleine de justice , que d'employer son courage à défendre sa patrie contre les Barbares , à protéger les foibles, à garantir ses alliés des brigands. (Ambroise, de Offic.)
' Un bon gouvernement n'entreprend jamais de guerre que pour la foi promise ou le salut des citoyens. (Cicéron, de Rep., 1. m ; S. Augustin, de Civil. Dei , 1. xxii , c. 6. )
^ Après déclaration. — Après avoir déclaré la guerre à son de trompe, de clairon.
^ Toute guerre nécessaire est juste; et les dieux approuvent qu'on prenne les armes, quand il n'y a d'autre espoir de salutque dans la guerre. (TlTE-LlVE, 1. IX, c. 1.)