‹ De la sagesse; trois livresChapitre 309 sur 456 · LIVRE III , CHAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAP. III

dinaires et en tout temps. 3. Vivres , sans lesquels l'on ne peust vaincre ni vivre , et est-on defaict , sans coup ferir, le soldat se desbauche , et n'en peust-on venir à bout , disciplinam non sermt jcjunus exercitus ' : mais c'est une provision extraordinaire et non perpétuelle , qui ne se faict que pour la guerre , dont n'en a esté parlé ci-dessus. li faut donc en délibérant de la guerre faire de grands magazins de vivres , bleds , chairs salées , tant pour l'armée qui est en campagne , que pour les garnisons des frontières qui peuvent estre assiégées.

La seconde chose requise à faire la guerre, sont les hommes propres à assaillir et à défendre. Il les faut distinguer. La première distinction est en soldats ou gendarmes , et chefs ou capitaines. Il en faut de tous les deux. Les soldats sont le corps , les chefs sont l'ame , la vie de l'armée , qui donnent mouvement et action. Or nous parlerons icy premièrement des gendarmes et soldats , qui font le gros. Il y en a de diverses sortes 5 il y a les piétons et les gens de cheval , les naturels du pays et les estrangers , les ordinaires et les subsidiaires. Il les faut premièrement tous comparer ensemble , pour sçavoir qui sont meilleurs et à préférer : et puis nous verrons comment il les faut bien choisir, et après les gouverner et discipliner.

En cette comparaison tous ne sont d'accord. Les uns , mesme les rudes et barbares , préfèrent les gens de cheval aux piétons , les autres au contraire. On peust dire que les piétons tout simplement et absolument sont meilleurs ; car ils servent et tout du long de la guerre , et en tous lieux , et en tous affaires -, là où , aux lieux montueux, scabreux et estrois et à assiéger places , la cavalerie est presque inutile. Ils sont aussi plustost prests et coustent beaucoup moins : et s'ils sont bien conduicts et armés comme il faut, ils soustiennent le choc de la cavalerie. Aussi sont-ils préférés par

' Un soldat atîatné méconnoît la discipline. (Cassiod., f^ar., 1. iv, c. 13.)

ceux qui sont docteurs en cette besongnè '. On peust dire que la cavalerie est meilleure au combat , et pour avoir plustost faict, equestrium virium proprium , cita par are, citù cedere victoriam =* ^ car les piétons n'ont pas sitost faict : mais ils agissent bien plus seurement.

Quant aux naturels et estrangers, aussi ne sont-ils tous d'accord sur la préférence : mais sans doubte les naturels sont beaucoup meilleurs ^ car ils sont plus loyaux que les estrangers mercenaires ,

Yenalesque manus , ibi fas , ubi maxima merces ^ ,

plus patiens et obeissans , se portant avec plus d'honneur et de respect envers les chefs, de courage aux combats, d'affection à la victoire et au bien du pays , et coustent moins , et sont plus prests que les estrangers souvent mutins , mesme au besoing , et faisant plus de bruict que de service , et la pluspart importuns et onéreux au public , cruels à ceux du pays , qu'ils fourragent comme ennemis , qui coustent à les faire venir et retourner 5 et les faut attendre souvent avec dommage grand. Que si en une nécessité extresme il en faut, soit : mais qu'ils soient en beaucoup plus petit nombre que les naturels , et ne facent qu'un membre et partie de l'armée , non le corps. Car il y a danger que s'ils se voyent autant ou plus forts que les naturels , ils se rendent maistres de ceux qui les ont appelles , comme il est advenu souvent \ car celuy est maistre de Testât, qui est maistre de la force : et aussi qu'ils soient , s'il se peust , tirés des alliés et confédérés, qui apportent plus de fidélité et service que les simples estrangers : mais de se servir plus d'estrangers que de naturels , est à faire aux tyrans , qui craignent leurs

' Voyez JusTE-LiPSE, 1. v.

' Le propre de la cavalerie est de préparer promptement, mais aussi de céder promptement la victoire. (Tacite, de Morib. German., c. xxx.)

^ Ces mains vénales pour qui plus le butin est grand plus il est licite. (LucAiN, 1. X, V. 408.)

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