‹ De la sagesse; trois livresChapitre 310 sur 456 · LIVRE III, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. III

subjects, parce ip'ils les traictent comme ennemis, se font hayr d'eux , dont ils les redoutent et ne les osent armer ny aguerrir.

Quant aux ordinaires et subsidiaires , il en faut de tous les deux : mais la différence entre eux est que les ordinaires sont en petit nombre , sont tousjours, en paix et en guerre, sur pied et en armes , et d'eux a esté parlé en la provision 5 gens du tout destinés et confinés en la guerre , formés à tout exercice des armes , résolus. C'est la force ordinaire du prince , son honneur en paix , sa sauve-garde en guerre 5 telles estoient les légions romaines. Ceux-cy doibvent estre séparés par troupes en temps de paix , affin qu'ils ne puissent rien remuer. Les subsidiaires sont en beaucoup plus grand nombre ^ mais ils ne sont pas perpétuels , ny du tout destinés à la guerre : ils ont d'autres vacations : au besoing et en temps de guerre ils sont appelles au son du tambour, renrooUés \ duicts ^ et instruits à la guerre ; et venant la paix se retirent et retournent à leurs vacations.

Nous avons entendu leurs distinctions et différences , maintenant faut adviser à les bien choisir, c'est à quoy il faut diligemment adviser, non pas à en amasser tant et en si grand nombre , lequel n'emporte pas la victoire , mais la vaillance : et ordinairement peu sont qui font la desroute. Une effrénée multitude nuist plus qu'elle ne profTite : non vires habet sed pondus. Potiùs impedimentum , quàm auxilium ^ Ce n'est donc pas au nombre , mais en la force et \ai)\\Q.ncQ , manibus opiis est bclJo, non multis nominibusK II faut bien donc les choisir ( non les acheter indiffe-

' Réenrôlés.

■" Aptes.

^ Elle n'a pas de force , mais du poids. C'est plutôt un embarras qu'un surcroit de forces. (Sénèque, de Benef.)

* Ce n'est pas dun grand nombre de noms, mais de bras , que l'on a besoin à la guerre. (Synesius, Epist. lxxviij.)

remment % avec quelque somme légère par mois), qu'ils ne soient avanturiers, ignorant la guerre, racaille de ville, corrompus, vicieux, dissolus en toutes façons, piaffeurs , hardis à la picorée et loin des coups , cerfs et lièvres aux dangers, assueti latrociniis bellorum , insolentes , — galeati lepores, — purgamenta urhliim, — quibus ob egestatem et flagitia maxima peccandi necessitudo '.

Pour les bien choisir il faut du jugement, de l'attention et de l'adresse : et à ces lins il faut considérer ces cinq choses ^ : 1. Le pays , c'est-à-dire le lieu de leur naissance et nourriture. Il les faut prendre des champs , des montagnes, lieux stériles , raboteux , ou voisins de la mer, nourris à toute sorte de peine : ex agris supplendum prœcipuè robur exercitûs, aptior armis rustica plebs, sub dio et in laboribus enutrita, — ipso terrœ siiœ solo et cœlo acriùs animantur. — Et minus mortem timet, qui minus deliciarum novit in vitâ^. Car ceux des villes nourris à l'ombre , aux délices , au gain , sont plus lasches , insolens , efféminés , vernacula multitudo , lasciviœ sueta, laborum intolerans'"". 2. L'aage, qu'ils soyent prins jeunes, à 18 ans, ils en sont plus souples et obeyssans : les viels ont des vices ,

' Legi a se militem , non emi, disoil Galba, suivant Tacit. , ^îstor. , l.i,c.5.

" Habitués aux pillages, si communs dans les guerres, insolents, — lièvres en casque , — immondices des villes , — que leur pauvreté et des crimes déjà commis mettent dans l'obligation de commettre de nouveaux crimes. (Égésippe, 1. iv, c. 4; Cornificii dictam de suis milUibus; QuiNTE-CuRCE, 1. VIII , C. 5 ; Tacite, Annal., 1. m , c. 40.)

^ Charron suit toujours Jusle-Lipse.

* Il faut chercher dans les champs les hommes destinés à devenir la principale force des armées; les habitants des campagnes, accoutumés aux injures de l'air et aux plus rudes travaux , sont plus propres aux armes. — On diroit que le sol , le ciel même , excitent leur courage. — Il craint moins la mort, celui qui n'a pas connu les délices de la vie. (Végèce^ 1. i, c. 3 ; Tacite, de Morib. Germ., c. xxix ; Végèce , loc. citât.)

* Ramas d'esclaves nourris dans la mollesse, et incapables de supporter le travail. (Tacite, Annal., 1. i, c. 31.)

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