LRTIE III , CHAP. IV
aux peuples plus prests à se mutiner et rebeller, qu'à combattre , ferocior plchs ad rebellandum, quàm ad bellandum : — tentare magis quàm tueri libertatcm '. 3. Cependant essayer à les esbranler par espérance et par crainte , ce sont les deux moyens ; spem offer, melum intende \ 4. Tascher à les desunir et rompre leur intelligence.
5. En gaigner et attirer par soubs-main quelques uns d'entre eux par promesses et secrettes recompenses , dont les uns se retirent d'eux pour venir à vous , les autres demeurent avec eux pour vous y servir, vous advertissant de leurs menées, et les endormissant et attiédissant leur chaleur.
6. Attirer et gaigner les autres , leur accordant une partie de ce qu'ils demandent et par belles promesses en termes ambigus. Il sera puis après aysé de révoquer justement ce qu'ils auront extorqué injustement par sédition, irrita faciès quœper seditionem eœpresserint ^ : et laver tout par douceur et clémence. 7. S'ils retournent en santé , raison et obeyssance, les faut traicter doucement, et se contenter du chastiment de fort peu , des principaux autheurs et boutefeux, sans s'enquérir dadvantage des complices, mais que tous se sentent en seureté et en grâce ^.
§. 10. La tyrannie et rébellion.
La tyrannie , c'est-à-dire la domination violente contre les loix et coustumes, est souvent cause des grands remuemens publics , d'où il advient rébellion , qui est une eslevation du peuple contre le prince , à cause de sa tyrannie , pour le chasser et débouter de son siège : et difîere de la
' Le peuple est bien plus prompt à se révolter qu'à combattre; — à prendre, qu'à défendre la liberté. (Tite-Live, 1. vu, c. 27; 1. vi, c. 18.)
' Offrez l'espérance, ou sachez inspirer la crainte. (Tacite, Annales^ 1. i,c. 28.)
^ Tacite, Annal., 1. 1, c. 39. La traduction précède.
* Ce paragraphe et les trois suivants sont presque entièrement traduits de Juste-Lipsc, Polilic, I. v!.
sédition en ce qu'elle ne veust point recognoistre le prince pour son maistre : la sédition ne va pas jusques-là, mais elle est mal contente du gouvernement , se plaint et veut un amendement en iceluy. Or cette tyrannie est exercée par gens mal nays , cruels , qui aiment les meschans , brouillons , rapporteurs , hayssent et redoubtent les gens de bien et d'honneur, quibus semper aliéna virtus formidolosa , — nohilitas, opes, ojnissi gestique honores pro crimine, ob virtutes certissùnum. exitiwn : — et non minus ex magnâ famâ quàm malâ \ Mais ils sont bien punis ; car ils sont hays et ennemys de tous^ vivent en perpétuelle crainte et appréhension -, tout leur est suspect ^ sont bourrelés et deschirés au dedans en leurs consciences , et enfin périssent de maie mort^* et bientost, car c'est chose très rare qu'un vieil tyran ^.
Les advis et remèdes en ce cas sont au long desduits cy après '^ en lieu plus propre. Les advis reviennent à deux : empescber à l'entrée le tyran , qu'il ne se rende maistre ^ estant installé et recognu , le souffrir, et lui obeyr. Il vaut mieux le tolérer, qu'esmouvoir sédition et guerre civile, pejus, deteriusque tyrannide sive injusto imperio , bellum civile ^ , l'on n'y gaigne rien ; le regimber ou rebeller
' Ceux-ci redoutent la vertu qui leur est étrangère. — La noblesse, les richesses, les charges que l'on a gérées , celles même que l'on a négligé de briguer, tout paroît des crimes à leurs yeux ; plus on a de vertus, plus la perte est certaine. — Pour être condamné par eux , il suflBt que l'on jouisse d'une grande réputation ; peu importe qu'elle soit bonne ou mauvaise. (Salluste, Bell. Catil. vii; Tacite, Histor., 1. i, c. 2; P^ila Agricol., c. v, in fine. )
^ De mort malheureme.
^ On demandoit à Thaïes ce qu'il avoit jamais vu de plus rare. Un tyran vieux, répondit-il. ( Diogène-Laerce , f^ie de Thaïes. — Tyrannorum execrabilis ac brevis polcslas, dit aussi Sénèque, de Clément., 1. i,
* Au chap. XVI.
Ml y a quelque chose de pire , de plus funeste que la tyrannie, ou un gouvernement injuste, c'est la guerre civile. (Plutarque, f^ie de Brutus A