‹ De la sagesse; trois livresChapitre 326 sur 456 · LIVRE III, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. IV

enaigrit ' , et rend encores plus cruels les mauvais princes : Jiihil tàm exaspérât fervorem vulneris , qiiàm ferendi impatientia ^ La modestie et obeyssance les adoucit : car la douceur du prince , dit ce grand prince Alexandre , ne consiste pas seulement en leur naturel , mais aussi au naturel des subjects ; lesquels souvent par leurs mesdisances et mauvais deportemens, irritent et gastent le prince, ou l'empirent, obsequio mitigantur imperia, — et contra, contumaciâ inferioriun leninatem imperitantis diminiii : — contumaciam cum pernicie , quàm obsequium cum securitate malunt '^.

§.11. Guerres civiles.

Quand l'un de ces susdicts remuemens publics , esmotions populaires , faction , sédition, rébellion , vient à se fortifier et durer jusqu'à prendre un train et forme ordinaire , c'est une guerre civile , laquelle n'est autre chose qu'une prinse et menée d'armes par les subjects , ou entr'eux , et c'est esmotion populaire ou faction et ligue -, ou contre le prince. Testât, le magistrat, et c'est sédition ou rébellion. Or il n'y a mal plus misérable , ny plus honteux 5 c'est une mer de malheurs. Et un sage a très bien dict ^ , que ce n'est pas proprement guerre , mais maladie de Testât , maladie chaude et frenaisie. Certes qui en est l'auteur, doibt estre effacé du nombre des hommes , et chassé des bornes de la nature humaine. Toute sorte de meschanceté s'y trouve , impieté et cruauté entre les parens mesmes , meurtres avec

' Aigrit , irrite.

' Rien n'irrite plus une blessure que l'impatience dans la douleur. (Hkgksip., 1. II, c. 9.)

' La soumission adoucit les gouvernements.— L'audace des inférieurs, au contraire , altère la douceur naturelle du chef. — Mais ils aiment mieux résister et se perdre, qu'obéir et vivre en paix. (Quinte-Curce, 1. vui , c. 8 ; Tacite , Annal., 1. xvi , c. 28 ; Hislor., 1. iv, c. 74. )

" Favonius disoit qu'une guerre civile étoit mille fois pire que la monarchie la plus injuste. — Dans Plutarque , J^ie de Brutus,

toute impunité , occidere palàm , ignoscere non nisi fallendo licet ,• — non œtas , non dignitas quemquam protegit i —

jS'obilitas cum plèbe périt, latèque vagatur Ensis '

Toute desloyauté , discipline abolie , in omne fas , nefasque avidos , aut vénales , non sacro, nonprophano abstinentes ^ Le petit et inférieur faict du compagnon avec le grand :

Rheni mihi Caesar in undis

Dux erat, hic socius. Facinus quos inquinat, aequat ^.

Lequel n'ose parler, car il est du mestier , encores qu'il ne l'approuve : obnoxiis ducibus et prohibere non ausis ^. C'est une confusion horrible : metu ac necessitate hiic illùc mutantur". « ^ Somme, ce n'est que misère. Mais il n'y a rien de si misérable que la victoire. Car quand pour le mieux elle tomberoit entre les mains de celuy qui a le droict de son costé , elle le rendroit insolent , cruel et farouche , voire quand il seroit d'un doux naturel , tant cette guerre intestine acharne, et est un venin qui consomme toute l'humanité. » Et n'est en la puissance des chefs de retenir

* II est permis de tuer au grand jour; mais pour sauver la victime , il faut tromper et se cacher. — Ni l'âge, ni la dignité, ne sont une sauvegarde. — Le fer se promène au loin sur toutes les têtes , la noblesse péril avec le peuple. (Tacite, Hist., 1. i, c. 58; 1. m, c. 33; Lucain, 1. ii , V. 101.)

* Ce qui est permis , comme ce qui est défendu , le sacré comme le profane, leur avide cupidité ne respecte rien. (Tacite, Histor., 1. ii , c. 56.)

' Sur les rives du Rhin , César étoit mon général : il est ici mon camarade. Le crime rend égaux tous les complices du crime. (Lucain, 1. v, Y. 289.)

* Les chefs étant eux-mêmes coupables , ils n'osent rien défendre.

' La crainte, la nécessité, les fait passer d'un côté à l'autre. (Tacite, j^jse.,1. i,c. 76.)

^ Ce qui est compris entre des guillemets est traduit de Clcéron, Episl. ad Familiar., iv, 9.

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