LIVRE m, CHAP. IV
les autres. Il y a deux causes à considérer des guerres civiles : l'une est secrette , laquelle comme elle ne se sçait et ne se voit, aussi ne se peust-elle empescher, ny remédier : c'est le destin , la volonté de Dieu , qui veust chastier ou du tout ranger un estât ,
In se magna ruunt, laetis hune numina rebus Crescendi posuere modum ' :
l'autre est bien aperceue par les sages , et s'y peut bien remédier, si l'on veut, et que ceux à qui il appartient y mettent la main : c'est la dissolution et générale corruption des mœurs, par laquelle les vauneans ' et n'ayant que faire veulent remuer, mettre tout en combustion , couvrir leurs playes par les maux de Testât. Car ils ayment mieux estre accablés de la ruine publique que de la leur particulière : miscere cuncta, etprivata vulnera rcipuhlicœ malis operire : — nam ità se res hàbet, utpublicâ ruina quisque malit qiiàm suâ proteri , et idem passurus minus conspici ^ Or les advis et remèdes à ce mal de guerre civile sont à la finir au plus tost, ce qui se faict par deux moyens, accord , ou victoire. Le premier vaut mieux \ encores qu'il ne fust pas tel que l'on le désire , le temps remédiera au reste. Il faut quelques fois se laisser un peu tromper, pour sortir de guerre civile, comme il est dict d'Antipater, bellum finire cupienti , opus erat decipi^. La victoire est dangereuse , car il est à craindre que le victorieux en abuse et ensuive une tyrannie. Pour bien s'y porter il se faut desfaire de tous les autheurs de troubles , et autres remueurs et
' Tout ce qui est grand tombe. Les dieux ont imposé aux plus grandes prospérités certaines bornes qu'elles ne peuvent dépasser. (Lucain, 1. 1, V. 81.)
' Les vauriens.
^ Tacite, Histor., 1. i, c. 53 ; Velleius Patercul., 1. ii. La traduction précède les passages cités.
'' Qui, voulant terminer la guerre, vit qu'il falloit se laisser tromper.