LIVRE m , CHAP. VIII
tromperie ou violence. La foy donnée avec serment et intervention du nom de Dieu oblige plus que la simple promesse ; et l'enfreindre , qui includ ' parjure avec la perfidie, est beaucoup pire. Mais penser asseurer la foy par sermens nouveaux et estranges , comme plusieurs font , est superflu entre gens de bien , et inutile , si l'on veut estre desloyal. Le meilleur est de jurer par le Dieu éternel , vengeur des mocqueurs de son nom , et infracteurs de la foy.
' La perfidie et le parjure est en certain sens plus vilain et exécrable que l'athéisme. L'atheiste qui ne croit point de Dieu ne luy faict pas tant d'injure , ne pensant point qu'il y en aye , que celuy qui le sçait , le croit , et le parjure par mocquerie. Celuy qui jure pour tromper, se mocque évidemment de Dieu , et ne craint que l'homme. C'est moindre mal de mescroire Dieu , que s'en mocquer. L'horreur et le desreiglement de la perfidie et du parjure ne sçauroit estre plus richement despeint qu'il a esté par un ancien ^ disant que c'est donner tesmoignage de mespriser Dieu , et craindre les hommes. Qu'y a-t-il plus monstrueux qu'estre couard à l'endroict des hommes , et brave à l'endroict de Dieu ? Le perfide est après traistre et ennemy capital de la société humaine : car il rompt et destruit la liaison d'icelle ^ et tout commerce , qui est la parole , laquelle si elle fault , nous ne nous tenons plus.
A l'observation de la foy appartient la garde fidèle du secret d'autruy : or c'est une importune garde mesmement des grands : qui s'en peut passer faict sagement , mais encores faut-il fuir à le scavoir, comme fit ce poète * à Lysimachus. Qui prend en garde le secret d'autruy se met plus en peine qu'il ne pense : car outre le soing qu'il prend sur soy de le bien garder, il s'oblige à se feindre et desadvouer
' Renferme.
' Tout ce paragraphe est pris clans Bodin , de la République , I. v, c. G,
' Plutarque , f^ie de Lysandre.
^ Le poète Philippide. Foyez Plutarque, / «c de Démélrim
sa pensée, chose qui fasche fort à un cueur noble et généreux. Toutesfois qui le prend en garde le doibt tenir religieusement : et pour ce faire et estre bon secrétaire , il le doibt estre par nature , non par art ni par obligation.