‹ De la sagesse; trois livresChapitre 355 sur 456 · LIVRE III, CHAP. XL · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XL

ras ' : sans se laisser prier ny presser, autrement ce ne sera point agréable : nemo hibcnter débet qiiod non accepit , sed expressit *. Ce qui est accordé à force de prières est bien chèrement vendu 5 non tidit gratis , qui accepit rogans ,• iwô nihil chariùs emitur quàm quod precibus ^. Celuy qui prie s'humilie , se confesse inférieur, couvre son visage de honte , honore grandement celuy qu'il prie : dont disoit César, après s'estre desfait de Pompée , qu'il ne prestoit plus volontiers l'oreille , et ne se plaisoit tant en aucune chose, que d'estre prié, et à ces fins donnoit espérance à tous, voire aux ennemys , qu'ils obtiendroient tout ce qu'ils demanderoient. Les grâces sont vestues de robbes transparentes et desceintes , libres et non contrainctes.

Tost et promptement : cettuy-cy semble despendre du précèdent, les bienfaicts s'estiment au pris de la volonté. Or qui demeure long-temps à secourir et donner, semble avoir esté long-temps sans le vouloir, qui tardé fecit, diii noluit ^. Comme au rebours la promptitude redouble le bienfaict, bis dat , qui celeriter^. La neutralité et l'amusement qui se faict icy n'est approuvé de personne que des affronteurs. Il faut user de diligence en tout cas. Il y a donc icy cinq manières de procéder , dont les trois sont reprouvées, refuser et tard, c'est double injure : refuser tost et donner tard sont presque tout un : et y en a qui s'olTenseroient moins de prompt refus , minus decipitur, cui negatur celeriter^. C'est donc le bon de donner tost; mais

' C'est obliger doublement, que d'obliger de bonne grâce. (Publius Syrus, Sent.)

* C'est un poids, qu'un bienfait plutôt arraché que reçu. (Sénèque, de Benef.,\. 1, c. 1.)

^ SÉsÈQDE, de Benef., 1. 11, c. 1. La traduction précède la cilallon. ^ SÉNÈQUE, de Benef., 1. i , c. 1. La traduction précède.

* Pdelius Strus. La traduction précède.

* Celui-là est moins trompé, qui éprouve un prompt refus. (Publius Syrus , Sent. ]

l'excellent est d'anticiper la demande , deviner la nécessité

et le désir.

Sans espérance de reddition : c'est où gist principalement la force et vertu du bienfaict. Si c'est vertu , elle n'est point mercenaire, tune est virtus dare bénéficia nonreditura \ Le bienfaict est moins richement assigné , où y a rétrogradation et reflexion : mais quand il n'y a point de lieu de revanche , voire l'on ne sçait d'où vient le bien , là le bienfaict est justement en son lustre. Si l'on regarde à la pareille , l'on donnera tard et à peu. Or il vaut beaucoup mieux renoncer à toute pareille , que laisser à bien faire et mériter : cherchant ce payement estranger et accidentai , l'on se prive du naturel et vray , qui est la joye et gratification interne d'avoir bien faict. Aussi ne faut-il estre prié deux fois d'une mesme chose : faire injure est de soy vilain et abominable , et n'y faut autre chose pour s'en garder : aussi , bien mériter d'autruy , est beau et noble , et ne faut autre chose pour s'y eschauffer. Et en un mot , ce n'est pas bien faire , si l'on regarde à la pareille , c'est traffiquer et mettre à proflit , non est heneficium quod in quœstum mittilur \ 11 ne faut pas confondre et mesler des actions tant diverses , demus bénéficia , non fœneremus ^. Tels méritent bien d'estre trompés qui s'y attendent : dignus est decipi, qui de recipiendo cogitaret , cùm daret ^ . Celle n'est femme de bien , qui pour mieux rappeller et reschauffer , ou par craincte , refuse :

Quœ quia non licuit non dédit, ipsa dedil ^

' SÉNÈQUE, de Benef.,\. i, c. 1. La première phrase du paragraphe traduit cette citation.

' Ce qui est donné avec espoir de gain n'est pas un bienfait. (Sénèque, de Benef., 1. iv, c. 14.)

^ Donnons en vrais bienfaiteurs ; ne prêtons pas à usure, (Sénèque, de Benef., 1. i, c. 1.)

* Il mérite d'être déçu dans son espoir, celui qui en donnant , comptoit bien qu'on lui rendroit. (Sénkquk, ibid. )

' Elle a tout donné, celle qui ne refuse que parcequ'il ne lui est pas

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