‹ De la sagesse; trois livresChapitre 385 sur 456 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Debvoir des souverains et des subjects.

Des princes et souverains , leurs descriptions , marques , humeurs, misères et incommodités, a esté parlé au livre i , chap. Li ; de leur debvoir à gouverner estats, a esté parlé très amplement au livre présent , chap. ii et m , qui est de la prudence politique : toutesfois nous toucherons icy les chefs et traits généraux de leur debvoir.

Le souverain, comme médiateur entre Dieu et les peuples, et débiteur à tous deux, se doibt tousjours souvenir qu'il est l'image vive , l'officier et lieutenant gênerai du grand Dieu son souverain , et aux peuples un flambeau luisant, un miroir esclairant , un theastre eslevé , auquel tous regardent , une fontaine en laquelle tous vont puiser, un esguillon à la vertu , et qui ne faict aucun bien qui ne porte sur plusieurs, et ne soit mis en registre et en compte. Il doibt donc premièrement estre craignant en Dieu , devost , religieux , observateur de pieté , non seulement pour soy et sa conscience, comme tout autre homme, mais pour son estât et comme souverain. La pieté que nous requérons icy au prince est le soing qu'il doibt avoir et monstrer à la conservation de la religion et des cérémonies anciennes du pays , pourvoyant par loix et peines à ce qu'il ne se fasse aucun changement ny trouble ny innovation en la religion. C'est chose qui faict grandement à son honneur et seureté ( car tou»- révèrent , obéissent plus volontiers , et plus tard entreprennent contre celuy qu'ils voyent révérer Dieu , et croyent estre en sa tutele et sauve-garde , una custodia pietas : pium virum nec malus genius nec fatum de- {>incit ; Deus enim eripit eum ab omni malo ' ). Et aussi

' C'est une vraie sauvegarde , que la piété : l'homme pieux est à l'abri des atteintes du sort et des mauvais génies; car Dieu lui-même le préserve

Page 1